Quand les joueurs deviennent concepteurs

samedi 22 novembre 2014 9:00

Crowdsourcing dans les jeux vidéo

La génération participative ou crowdsourcing connaît une montée en popularité chez les développeurs de jeux vidéo indépendants depuis les dernières années. Les développeurs sollicitent plus que jamais l’aide des gamers pour la création de leurs jeux, une pratique qui change le paysage du jeu vidéo.

Par Dominique Degré

Crédit : Yohann-Robert

 

On assiste depuis quelques années au Québec à une explosion de studios de jeux vidéo. Des grandes compagnies comme Electronic Arts et Ubisoft ont décidé de s’implanter à Montréal. Dans l’ombre de ces géants, des studios indépendants aux ressources limitées font désormais appel au public pour les aider dans la réalisation de leurs jeux.

Pour le développeur de jeux vidéo indépendant Guillaume Boucher-Vidal, qui a fondé Nine Dots Studio en 2011, le crowdsourcing est une solution aux contraintes monétaires de la création d’un jeu. «En ce moment, les développeurs de jeux sont pris avec les publishers et les contrats pour financer leurs projets, explique-t-il. C’est un processus lent, frustrant et pas assez payant, considérant les bénéfices générés par le fruit de nos efforts.»

Le crowdsourcing est surtout un phénomène populaire chez les développeurs indépendants. Valve, une compagnie réputée qui s’illustre dans son interaction novatrice avec la communauté a récemment lancé la section Early Access de sa plateforme Steam. Celle-ci est à la fois un magasin virtuel et un outil qui permet à ses 75 millions d’utilisateurs de créer des groupes et de jouer en ligne ensemble. Sur son site web, Valve affirme que la boutique Early Access a pour but d’encourager les concepteurs à développer leurs jeux de concert avec la communauté. «Nous souhaitons soutenir les développeurs qui souhaitent sortir un jeu de manière anticipée, en impliquant les joueurs tout en établissant une relation durable avec eux pour ainsi créer de meilleurs jeux», mentionne-t-il. L’un de ces développeurs est Atul Mehra, co-fondateur du studio montréalais Spearhead Games. Leur jeu Arena : cyber evolution est récemment sorti sur Steam Early Access et son cycle de développement s’est fait presque entièrement de concert avec une communauté de 90 000 joueurs sur une période de 22 semaines.

«La meilleure façon d’assurer la livraison d’un jeu qui plaira aux joueurs, c’est en les impliquant directement dans le processus de développement», affirme Atul Mehra. La transparence de cette démarche s’est fait par le biais de diffusions en continu (ou streams) du jeu. Pendant que les concepteurs jouaient, le public donnait ses impressions aux créateurs durant la partie.

Les développeurs de Spearhead Games se sont aussi déplacés dans des conférences comme le PAX East à Boston pour promouvoir leur jeu et rencontrer la communauté. Les joueurs qui ont essayé Arena : cyber evolution ont dit au studio montréalais que le jeu ne mettait pas assez l’accent sur le travail d’équipe. Il a donc changé les mécaniques du jeu pour favoriser la stratégie et la coopération.

 

Si Atul Mehra croit que le crowdsourcing par accès anticipé est d’abord utile pour améliorer un jeu, Guillaume Boucher-Vidal voit les choses d’un autre oeil. «À mon avis, le but premier du Early Access n’est généralement pas d’améliorer le jeu, il ne faut pas se leurrer, affirme-t-il. C’est le pitch de vente, c’est une source de financement et une belle occasion de faire du marketing, le contact avec les joueurs et leur feedback n’est qu’un bonus.»

La montée du crowdfunding

Il existe depuis peu des sites où des individus et des entreprises peuvent verser des sommes d’argent directement au public pour atteindre un objectif donné, comme Kickstarter. Ce processus appelé crowdfunding est une composante importante de la génération participative dans le domaine du jeu vidéo en raison des coûts élevés de développement d’un jeu. Selon la notaire Émilie Dion-Roy, cette commandite bénéficie aux entrepreneurs qui désirent lancer des jeux vidéo. «Ce financement populaire leur permet d’avoir un accès au capital, de tester le marché et permet en plus une diminution des coûts de leurs projets.»

Le crowdfunding compte certains désavantages. «Je pense que le plus gros risque, c’est de perdre la confiance des gens», estime Guillaume Boucher-Vidal qui a lancé et collaboré à des campagnes de financement participatif. D’un point de vue juridique, Me Dion-Roy souligne qu’en raison de la nouveauté du phénomène, il existe des dangers légaux. «Il n’y a pas encore de précédents à ce sujet, et donc un cadre légal limité avec des zones grises, ce qui pourrait donner lieu à des fraudes.» De plus, les projets de financement populaire peuvent être risqués étant donné qu’il n’y a aucune garantie de succès.

Ces inconvénients du crowdfunding combinés à la difficulté de percer sur un marché dominé par une poignée de géants sont des obstacles considérables pour les développeurs tentés par le crowdsourcing. Le succès d’une campagne de crowdsourcing passe par l’éducation de la communauté. «Il faut que les clients soient éduqués sur la nature de leur contribution», avance Guillaume Boucher-Vidal. Cette éducation ne peut qu’aider la communauté et les studios indépendants à développer en concert des jeux de qualité. Ils peuvent ainsi réduire le quasi-monopole des titans du jeu vidéo et aider les plus petits concepteurs de à faire leur marque.

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