Condition des légumes coupés en quatre

vendredi 21 novembre 2014 7:00

Une famille dans votre panier 

De plus en plus de cultivateurs biologiques québécois décident de marchandiser leurs fruits et légumes dans des paniers biologiques qu’ils distribuent directement à leurs clients.

par Alexandra Duchaine

Les propriétaires de la ferme Plumes et Légumes, Jacques et Monique, invitent leurs clients sur leur site internet à venir chercher leur part de récolte directement sur leur ferme à Saint-Ubalde, dans la région de Portneuf. Plus qu’une simple stratégie de mise en vente, ces bacs servent à promouvoir l’agriculture biologique. Les conjoints cherchent surtout à tisser des liens avec leurs acheteurs en  remettant leurs paniers de mains propres.

 

Le cultivateur s’occupe de la cueillette de ses fruits et légumes, de leur emballage, de leur livraison et de leur distribution. De cette façon, il élimine tous les intermédiaires normalement nécessaires à la vente de ces derniers. «Vu que l’on n’a pas d’intermédiaire, l’argent obtenu grâce à la vente de nos récoltes va directement dans nos poches», explique le copropriétaire de la ferme Les jardins d’Inverness, Timothé Croteau.  Les frais de transport, la cote du grossiste alimentaire et de l’épicier ne lui retirent plus une certaine marge de bénéfices. «La vente de paniers fait qu’on s’en sort bien», conclut l’agriculteur.

 

Les profits s’avèrent quand même assez maigres. Le site web du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec explique que l’élimination des herbicides chimiques fait en sorte que l’agriculteur doit désormais sarcler manuellement ou mécaniquement les mauvaises herbes afin de les enrayer. Cette restriction nécessite du temps et l’emploi d’une main-d’oeuvre qualifiée, qui est plus onéreuse que les herbicides en question. La substitution des engrais chimiques par des engrais verts et naturels exige l’installation de plantes fourragères ou légumineuses, que le maraîcher va enfouir dans le sol pour en fixer l’azote dans le but de l’enrichir.

«Produire biologique coûte plus cher, mais un bon gestionnaire peut tirer profit des prix plus élevés de ses produits», affirme Ghislain Jutras. Comme l’offre est beaucoup moins abondante, le cultivateur peut se permettre de gonfler un peu le prix de la sienne. L’offre d’aliments biologiques est toutefois en hausse. Le nombre d’exploitations agricoles biologiques a augmenté de près de 67 % de 2001 à 2011, selon le dernier Recensement de l’Agriculture canadien.

L’enseignant au Cégep de Victoriaville au programme technique d’agriculture biologique et chargé de cours à l’Université Laval, Ghislain Jutras, explique que la distance qui sépare le consommateur. Une personne qui achète des pommes au supermarché sans connaître le pomiculteur qui les a produites, diminue, voire disparaît avec les paniers. Le simple lien commercial qui existe normalement entre eux se transforme en échange direct, élabore le professeur. Le maraîcher peut discuter avec son client, être à l’écoute de ses requêtes et ajuster son service en conséquence. «Il peut réagir rapidement à ses demandes et ses besoins», précise Ghislain Jutras.

 

Une proximité qui facilite la sensibilisation

Les cultivateurs se rapprochent de leur clientèle afin de la sensibiliser à l’agriculture biologique. «Les exploitants agricoles peuvent inviter leurs clients à des corvées et à des fêtes à la ferme. Le but est de créer un lien d’affaires stable et une relation qui va plus loin, plus humaine, plus profonde que le seul échange d’argent», remarque Ghislain Jutras. C’est le cas des propriétaires de la ferme biologique Aux petits oignons, Véronique Bouchard et François Handfield, qui offrent des ateliers de formation. Ils incitent aussi les gens à visiter, chaque vendredi, leur établissement situé à Mont-Tremblant. La plupart des 80 exploitants du Réseau de fermiers de famille d’Équiterre, regroupés dans le cadre d’une initiative de paniers biologiques, proposent de telles activités.

Crédit : Andy Roberts

Ces dernières ont pour but de sensibiliser les citoyens à l’importance de manger biologique pour le respect de l’environnement et de la biodiversité. Les maraîchers souhaitent leur vendre leur mode de vie simple et sain, dévoué à la terre. Ils se dotent d’une mission éducative, que le slogan de la campagne de publicité du Réseau d’Équiterre, «Les fermiers de famille d’Équiterre veulent vous adopter: adhérez aux paniers bio!», met en lumière. Les producteurs biologiques sont présentés comme les parents d’une grande famille de consommateurs responsables. Leur but : agrandir cette dernière en éduquant les citoyens, afin de «changer le monde un geste à la fois».

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