Sobriété totale

vendredi 21 novembre 2014 10:16

Sobriété totale

À l’heure où consommer semble devenu coutumier dans notre société, le taux de personnes refusant d’absorber des substances récréatives ne coulent plus à flot.

Par Maxime Hébert

Crédit : Vincent-Luigi-Molino


Luc Carbonneau et Olivier Dénommée choisissent d’éviter tout contact avec l’alcool et la drogue. Maintenant âgés de plus de 20 ans, ils partagent leur parcours avec ce choix difficile à plusieurs niveaux.

Dès son jeune âge, il voit les effets que cela entraînent sur son entourage. «J’ai même eu un proche qui a vu sa vie être détruite par l’utilisation de la drogue, alors je suis conscient des ravages que ça peut faire», confie Luc Carbonneau. Il n’a jamais été intéressé par l’alcool ou la drogue. L’origine de son histoire est basée sur des accidents causés par ces substances qui sont à la source de son choix. Il ajoute que le changement de personnalité qui découle de la consommation d’alcool a aussi influencé sa décision.

«Je sais que ça paraît extrémiste comme position et que ce n’est pas parce que tu en prends une fois que tu vas devenir drogué, témoigne-t-il, mais j’aime beaucoup mieux prévenir que guérir.» Ses parents ont toujours appuyé dans sa décision. S’il indique ne jamais avoir été rejeté, il avoue que certaines personnes montrent toujours de l’incompréhension face à son abstinence.

La situation est différente pour Olivier Dénommée. Il a vécu certains passages difficiles durant son adolescence avec quelques complications à l’approche de ses 18 ans. «Je me suis fait peu de nouveaux amis et j’ai même une copine avec qui ça n’a pas marché comme elle avait un train de vie trop différent du mien, ce qui la dérangeait», raconte-t-il. La situation lui a causé du souci à quelques reprises, mais avec le temps, il a su se faire des amis qui ont respecté son choix. Si certains tentent encore de lui faire changer d’avis, le tout reste dans le respect.

Un problème de société

L’enseignant en sociologie au Cégep de Terrebonne, Robert Ménard, affirme que la cause de ce problème social est l’éducation. L’humain est amené depuis sa tendre enfance à intégrer des comportements en observant les autres autour de lui, souligne-t-il.

Il lie la consommation d’alcool ou de drogues autant à des festivités qu’au quotidien. «Il n’y a rien qui nous oblige à consommer de l’alcool quand on va dans un restaurant avec des amis, note Robert Ménard. Comme dans plusieurs sociétés occidentales, ça fait partie de nos coutumes au Québec et on trouve ça normal parce qu’on a été éduqué comme ça.»

Il note que cette marginalisation est grandement influencée par une certaine pression sociale causée par un État valorisant l’alcool, dans le même sens que sa population. On met souvent ces substances dans un contexte de festivité comme si c’était le seul moyen d’avoir du plaisir et de maintenir un lien ou une amitié avec quelqu’un, explique Robert Ménard.

«Dans nos relations d’amitié, qu’est-ce que les gens vont utiliser comme réflexes pour se voir? « On va aller prendre un verre ensemble », relate l’enseignant au collégial. Ou faire un party pour les plus jeunes.»

Robert Ménard réfère quelques dires sur la théorie de la «déviance» du sociologue américain, Robert Merton, du XXe. Chaque société a ses propres valeurs et ses propres normes servant à établir des objectifs sociétaux. Le comportement «déviant» est ainsi un symptôme de dissociation entre les objectifs, les moyens et les valeurs de sa société. Les personnes totalement sobres refusent de consommer et donc de suivre la majorité; elles se conforment à leurs propres principes plutôt qu’à ceux de la société dans laquelle elles vivent, selon Merton.

Une victime de la pression sociale

L’étudiant en communications au collégial, Julien Fortin, a suivi les traces de Luc Carbonneau et Olivier Dénommée. Il vivait une pression importante provenant de ses pairs. Il a fini par consommer de l’alcool à la fin de son secondaire cinq après avoir résisté plus d’un an et demi. « La première fois, je ne connaissais pas mes limites et j’ai été malade», se souvient l’étudiant.

Prenant du plaisir à consommer de l’alcool à force de recommencer l’expérience, il a continué dans cette voie pendant quelque temps. Rapidement, ses amis voulaient qu’il passe un autre niveau. Ils harcelaient constamment Julien afin qu’il essaie la drogue. Le jeune homme leur partageait continuellement son désintérêt pour la substance. Ses proches tentaient de le convaincre en argumentant que c’était «juste pour essayer, juste pour dire».

L’étudiant a finalement acquiescé à ses amis après de constantes pressions. Sa première consommation de drogue s’est faite dans une fête alors qu’il était sous l’effet de la boisson.

Julien Fortin consomme toujours aujourd’hui et malgré la pression qu’il a vécue pendant son adolescence, il n’a aucun regret de son parcours avec l’alcool et la drogue. «Je n’ai aucun problème avec ça, je ne consomme maintenant que de temps en temps avec mes amis sans abuser», témoigne-t-il.

Autant l’alcool et la drogue font partie du quotidien de certaines personnes comme Julien Fortin, autant Luc Carbonneau et Olivier Dénommée n’y voient aucun intérêt. Dans un cas comme dans l’autre, il semble pourtant y avoir des risques d’effets secondaires.

 

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