La prière et l’épée

vendredi 16 janvier 2015 7:00
Le groupe État islamique multiplie les conquêtes militaires. L’organisation armée diffuse ses diatribes politico-religieuses sur la Toile et sonne les djihadistes du monde à rejoindre ses rangs. Sensibles à cet appel, certains jeunes islamistes occidentaux s’enrôlent et quittent leur pays pour combattre à leurs côtés.

Par Guillaume Lepage

Crédit : David Evers

 

Les islamistes occidentaux radicaux ne sont qu’une minorité de personnes, elle-même issue d’un groupuscule d’individus. Le professeur de criminologie à l’École de service social de l’Université Laval, Stéphane Leman-Langlois, nuance cette impression d’une montée en puissance d’un islam intégriste, partagée à l’heure actuelle par plusieurs citoyens en Occident. «[Le groupe armé] État islamique a sa machine médiatique, mais il a aussi beaucoup de membres sur le terrain qui, en leur nom propre, diffusent un message djihadiste sur les  réseaux sociaux», illustre-t-il.

Par ailleurs, le chargé de cours au Département de Sciences des religions de l’UQAM, Frédéric Castel, stipule que nous assistons à un phénomène partiellement inéprouvé. «Les jeunes qui reviennent à leur religion et qu’ils optent pour une voie plus intégriste et éventuellement djihadistes, on voit ça depuis 20 ans. Convertis, par contre, c’est depuis quelques années», déclare-t-il.

À la lumière de ces constatations, un fait demeure : les cas d’espèce ne pullulent guère. Il est ainsi périlleux de brosser un portrait substantiel de ces jeunes individus qui s’exilent à l’étranger. Ils prennent les armes sur la foi d’une expectative fondée sur des idées dogmatiques salafistes – branche fondamentaliste qui prône un retour à l’islam «rigoriste» des premiers siècles. En revanche, ces djihadistes occidentaux partagent certains traits similaires. Ce sont des êtres solitaires, en proie à une profonde quête identitaire.

Le professeur relève une dimension supplémentaire au phénomène sus mentionné. «Dans certains cas, le hasard peut jouer un énorme rôle. Par hasard, on rencontre, que ce soit par Internet ou en personne, un individu qui va nous galvaniser», précise-t-il. À cet égard, le chercheur et universitaire formule quelques réserves. «Il faut faire attention de ne pas être trop techno déterministe», martèle-t-il. Le rôle qu’Internet joue dans la propagation de cet islam politico-violent reste encore excessivement flou.

Décoder le discours

Selon Stéphane Leman-Langlois, il ne fait aucun doute dans l’esprit d’une vaste majorité de Canadiens que les régimes tortionnaires qui sévissent au Proche-Orient sont à la genèse d’une multitude d’actes répressifs tous azimuts, perpétrés contre un peuple opprimé. Il en va de même pour les jeunes islamistes occidentaux radicalisés. Or, ces derniers ont saisi les tenants et aboutissants de cette réalité sociétale outillés du compendium djihadiste. Le dernier combattant canadien relaté par la presse n’y fait pas exception. «John Maguire a acheté la façon de comprendre le monde que propose l’État islamique», relève l’auteur d’ouvrages sur le terrorisme et le contre-terrorisme.

Selon le spécialiste des religions, Frédéric Castel, ledit phénomène observé est une idéologie de substitution de ce qu’était autrefois l’extrême gauche. «Le djihadisme remplace les idéologies égalitaires que nous avons connues depuis 50 ans, qui sont essoufflés parce que la gauche est discréditée et parce que le mouvement démocratique est, pour [ces militants islamiques radicaux], obstrué», explique-t-il.

D’autre part, la religion n’est pasle seul leitmotiv de ces jeunes qui prennent les armes pour livrer bataille aux politiques étrangères coercitives de l’Occident. «Dans le six minutes que dure le vidéo de John Maguire, ce qu’on retrouve le plus c’est l’oppression et l’attaque de l’Occident contre [le groupe armé] État islamique. C’est la force motrice du discours », estime le professeur agrégé de l’Université Laval. Pour sa part, Frédéric Castel argumente que les médias dépeignent un djihad mutant, qui transgresse plusieurs éléments de base de la religion même. «À mon point de vue, le djihadiste, c’est une déviation de la religion.Prier souvent, ça ne fait pas de toi un terroriste. Il faut que ça dévie et la déviation, c’est quand la religion se politise», souligne-t-il.

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