Marginalisation au pays du sourire

dimanche 18 janvier 2015 6:30

Transgenres en Thaïlande

Crédit : neajjean

Dans un pays considéré comme la première destination en matière de tourisme sexuel, les kathoeys se font de plus en plus nombreuses. Pourtant, leur condition sociale n’est pas toujours aussi simple et juste que celle des hommes et des femmes.

par Raphaëlle Ritchot

Les kathoeys sont des personnes transgenres hommes vers femmes, qui sont considérées comme le « troisième genre » en Thaïlande. Malgré le climat de tolérance régnant dans le pays et l’absence de sanction sévère, légale ou religieuse envers ces personnes, il existe tout de même de la discrimination à leur égard dans la vie de tous les jours. Néanmoins, la présence des kathoeys est importante dans l’industrie touristique, l’un des revenus majeurs de la Thaïlande.

Beaucoup de ces femmes se rendent dans les grandes villes afin de mieux vivre leur vie de transgenre. Malgré l’indulgence vis-à-vis leur apparence de kathoeys, elles sont marginalisées dans le monde du travail. «Il est difficile, même impossible pour les kathoeys de percer dans les métier «plus sérieux» comme fonctionnaires, professeurs, enseignants, politiciens, etc.», raconte l’auteure pour la revue Moussons, une revue de recherche en sciences sociales sur l’Asie du Sud-Est, Cheera Thongkrajai.

Malgré cette difficulté concernant ces emplois, Cheera Thongkrajai explique que dans les métiers réservés traditionnellement aux femmes ou même typiquement kathoey, comme les esthéticiennes, les coiffeuses, les maquilleuses, les danseuses de cabaret ou les prostituées, elles sont acceptées voire même valorisées et admirées. «Pour moi, le mot exploiter ne convient pas, je pense que la société et les kathoeys s’arrangent en quelque sorte pour intégrer cette population dans certains secteurs d’activités dans lesquels elles sont vues comme les experts», constate Cheera Thongkrajai, qui est présentement en Thaïlande. L’organisation End Child Prostitution in Asian Tourism estime «qu’en Thaïlande, le commerce de la chair a rapporté entre 18 et 21,6 milliards de dollars US en un an, soit plus de la moitié du budget total du pays en 1995».

Si certaines familles acceptent bien le fait d’avoir un kathoey comme enfant, ce n’est pas toujours le cas. Comme solution, quelques temples bouddhistes offrent des programmes dans le but de masculiniser les kathoeys. Une solution qui illustre bien à quel genre de préjugés elles sont victimes. «Les thérapies de conversion sont maintenant considérées comme non-efficaces et inacceptables éthiquement par les principales associations professionnelles concernées», explique le professeur au département de Sexologie de l’Université du Québec à Montréal, Dominic Beaulieu-Prévost.

«Actuellement, je pense que les vraies difficultés des kathoeys se trouvent au niveau juridique, il n’y a pas de loi qui les protège, ni qui autorise le mariage des personnes de même sexe, ni qui reconnaît les personnes transgenres post-opérées», explique Cheera Thongkrajai. Malgré tout, l’experte reste positive en assurant qu’en société, la situation des kathoeys s’améliore progressivement. Un jour, elles pourront sourire sans avoir honte.

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