La religion, à quel prix?

dimanche 18 janvier 2015 8:00
La Mecque a toujours été une plaque tournante pour la religion musulmane, mais aussi pour tous les pratiquants religieux qui prient leur Dieu, Mohamed. Aujourd’hui, elle risque d’être détruite.

Par Carl Vaillancourt

La substitution du capitalisme financier au détriment de la religion; voilà ce que laisse présager la construction d’un palais royal pour le cheikh Abdul Aziz Bin Abdullah Al-Sheikh, dans la région sacrée où se situe le tombeau du prophète Mohamed, en Arabie Saoudite. Les convictions religieuses de certains groupes extrémistes retiennent l’attention de la population suite aux attentats qui se sont déroulés à Ottawa, le 22 octobre dernier. La Chaire de Recherche du Canada sur l’islam croit qu’en détruisant de forts symboles comme La Mecque, ces groupes pourraient être freinés.

Selon un article du journal britannique, The Independent, le gouvernement arabe aurait déjà entamé la destruction du site sacré depuis quelque temps. Le média annonçait la démolition de colonnes ottomanes commémoratives du prophète qui avaient près de 500 ans. Au fil des années, les wahhabites ont voulu démolir ce temple sacré, où environ 12 millions de pèlerins viennent prier tous les ans. L’Institut Gulf a présenté des statistiques révélatrices, près de 95% du lieu sacré sera détruit au fil des prochains mois pour laisser place à un palais royal, des centres commerciaux et des hôtels de luxe.

Crédit: Crazy Diamond

Le réaménagement de La Mecque et de cette nouvelle construction de plusieurs milliards de dollars vise principalement l’augmentation des visiteurs causés par le pèlerinage des millions de musulmans pratiquants qui font le détour jusqu’à La Mecque, principalement devant le tombeau de Mohamed. Selon un document rapporté par les autorités saoudiennes, l’achalandage du site pourrait croître jusqu’à plus de 17 millions de personnes en 2025. «La Mecque est un incontournable pour tous les voyageurs et les musulmans pratiquants qui passent par l’Arabie Saoudite, cela fait partie de notre histoire», raconte la résidente arabe, Lou Kurdi.

Vers une crise sociale

La réfection des infrastructures sacrées de ce temple ne fait pas l’unanimité auprès des experts en études islamiques. La coordonnatrice de la Chaire de recherche du Canada sur l’Islam, Pluralisme et Globalisation (C.R.C.I.P.G.), Amor Samia, s’est prononcée sur la question. «Ce sont des monuments anciens qui font partie de l’histoire de la religion islamique, il est important de conserver ce patrimoine culturel qui sert de lieu de prière», affirme la principale intéressée.

La diversité religieuse est au cœur d’un des nombreux problèmes sociaux de l’Arabie Saoudite avec l’opposition entre les wahhabites, les sunnites et les chiites. «La démolition d’une pièce architecturale aussi significative que le tombeau du prophète Mohamed pourrait entraîner d’importantes répercussions sociales, comme un soulèvement populaire. Les convictions religieuses et culturelles des musulmans font partie de leur identité ethnique, ils ne prennent pas cela à la légère», mentionne la coordonnatrice de la C.R.C.I.P.G.

L’augmentation marquée de la communauté musulmane au Québec est visible. Seulement à Montréal, on dénombre plus de 60 mosquées et centre de prières pour la communauté musulmane. «Les mosquées demeurent un lieu achalandé par la communauté musulmane de Montréal et des environs, certains viennent de la Couronne Nord de Montréal pour prier ici», évoque un membre de la mosquée, Mahmoud Sarwat.

L’attaché politique de Christine St-Pierre, Ministre libérale des Relations internationales et de la Francophonie, Jack Roy, n’a pas émis la possibilité d’intervention ou de soutien à la cause musulmane. «Selon les juridictions du Québec, il n’est pas du devoir du ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec de s’ingérer dans ce genre de coopération internationale», mentionne-t-il. L’équipe libérale croit qu’il est important que celui-ci défende les intérêts de la population québécoise peu importe la religion. Suite au rejet de la Charte des valeurs, la religion est devenue un sujet central au Québec.

Le projet immobilier de plusieurs centaines de millions, voire des milliards de dollars serait devenu un indice de rendement économique de la culture et de l’histoire. La destruction de ce lieu sacré en centre commercial sera à l’image des boutiques de souvenirs dans les aéroports. La vente du patrimoine culturel arabo-musulman créera l’enrichissement d’une faible proportion de la population au détriment des véritables croyants qui fréquentent ce lieu sacré depuis des années. La religion n’échappe pas aux ventouses du capitalisme immobilier. La prochaine étape sera de financer les passages des pèlerins afin de conserver le peu qui reste de ce patrimoine culturel.

La transition de la religion à un modèle économique entrepreneuriale représente l’ambitieux projet que tente de réaliser l’Arabie Saoudite avec la démolition du patrimoine culturel.

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