Le Québec à l’assaut de son cinéma

vendredi 20 janvier 2012 1:08

Par Marie-Michèle Borduas

Bien que les films d’auteur soient encore à la traîne, les Québécois semblent s’intéresser de plus en plus à leur cinéma. La clé du succès est de privilégier les cinéastes d’ici, de leur donner une chance. C’est ce que suggère Denis Chouinard, réalisateur québécois et professeur à l’École des médias de l’UQAM.

Il y a une réelle augmentation de l’intérêt des Québécois pour leur propre cinéma. Ce phénomène s’est accru, selon le réalisateur, au début des années 2000 avec l’arrivée des superproductions telles que La grande séduction, par Jean-François Pouliot, ou Les Boys, de Louis Saïa. De plus en plus de films québécois prennent l’affiche dans des cinémas. «Au niveau commercial, cela fonctionne très bien, car il y a une machine de production qui rejoint efficacement le public», note Denis Chouinard. Il prend en exemple des succès comme Starbuck, qui a amassé 3,3 M$ au box-office, ou Café de flore, qui a cumulé des recettes de 1,4 M$. «De façon générale, on peut dire que les films québécois ont un grand impact sur le nombre d’entrées au cinéma, et cela particulièrement à l’extérieur des grands centres», renchérit Anne Bombardier, porte-parole de Cinéplex Divertissement.

Si les productions à budget élevé vont de bon train, le cinéma d’auteur n’a pour sa part pas la cote au Québec. Le manque de financement et de visibilité étant mis en cause. Le réalisateur Denis Côté, qui participe à plusieurs festivals à l’étranger, en est un exemple flagrant. Il est la coqueluche du cinéma parisien même si son plus récent film, Curling, n’a eu qu’une visibilité minime au Québec. «Il y a une pénurie d’écrans pour les films d’auteur», mentionne Denis Chouinard, tristement. La promotion n’y est pas aussi bien orchestrée.» Le réalisateur de Délivrez-moi nuance cependant que la cinématographie québécoise serait relativement équilibrée si la publicité, la mise en marché et le bouche-à-oreille étaient mieux répartis.

Quand les gouvernements s’en mêlent

Il est évident, selon Denis Chouinard, que les coupures budgétaires du gouvernement Harper en 2008 dans le domaine de la culture n’aident en rien l’émergence du cinéma d’auteur. Suite à cette annonce, Line Beauchamp, alors ministre de la Culture, a injecté 10 M$ dans la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) pour compenser les pertes.

Or, les coûts de production ne cessent d’augmenter. Il ne sera pas toujours possible de créer un bon film québécois avec 3 à 4 M$ de budget seulement. «Ce n’est pas un modèle économiquement viable», indique le réalisateur Denis Chouinard. Néanmoins, Anne Bombardier, elle, est plus positive quant aux profits qu’a engendrés le cinéma québécois l’année dernière. «2011 était une bonne année. Il y a eu plusieurs sorties de films québécois qui ont connu du succès au box-office, notamment Gerry, Le sens de l’humour, Starbuck, Café de flore ou Monsieur Lazhar

Par ailleurs, de plus en plus de films québécois sont exportés à l’étranger, note Denis Chouinard. Voir un produit québécois fonctionner à l’international aide à l’engouement des cinéphiles face à leur cinéma. La situation actuelle est loin du retentissement médiatique hollywoodien, nuance-t-il. Il n’en demeure pas moins que les Québécois ont fait du chemin envers l’intérêt qu’ils portent à leur cinéma, comparativement  aux années 70 et 80 où il y avait peu d’engouement populaire.

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Denis Chouinard croit que le cinéma s’actualise avec les différentes composantes de la société québécoise. En ce sens, il y a un plus grand  multiculturalisme dans lequel les Québécois se retrouvent. Starbuck, de Patrick Huard, met en scène une famille polonaise alors que Monsieur Lazhar, de Philippe Falardeau, présente un comédien d’origine algérienne peu connu au Québec. Déjà, dans les années 90, le multiculturalisme teintait, à plus petite échelle, le cinéma d’auteur au Québec. En 1997, Denis Chouinard a notamment réalisé Clandestin, dont les personnages principaux sont respectivement algérien, roumain et russe. Et ledit cinéaste prédit que les films étrangers prendront de plus en plus de place au Québec dans les prochaines années. Une bonne chose, selon lui, qui ne pourra qu’enrichir le cinéma d’ici, riche de son multiculturalisme.

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