Tête haute, mine basse

lundi 19 janvier 2015 8:00

Certaines gymnastes tombent à la poutre, alors que d’autres individus tombent sous le poids de la dépression, mais  c’est grâce au sport qu’ils se relèvent.

Par Maude Parent

Médecine de la dépression

Le sourire grimpant sur son visage jusqu’au coin de ses grands yeux pétillants, Stefanie Petrella, 17 ans, n’est plus la même. Elle déborde d’énergie et est plus radieuse que jamais. Il est difficile de croire qu’elle sort d’une dépression majeure. Ses larges épaules de gymnaste n’ont pas toujours été aussi redressées par l’assurance. Sans la gym nastique, Stefanie aurait sans doute fait une chute plus vertigineuse.

C’est au sein d’une famille fermée que Stefanie a appris à taire ses émotions, sans jamais confier ne serait-ce que l’ombre de ses anxiétés. «Je n’ai jamais compris que c’était normal de parler de mes peurs, de mes angoisses», raconte- t-elle.

À force d’empiler ses émotions les unes par-dessus les autres, une montagne de problèmes est apparue dans sa vie. Stefanie s’est retrouvée prisonnière d’une épaisse couche de débris sentimentaux. Heureusement qu’elle avait la gymnastique sur laquelle elle pouvait s’accrocher. Pour la jeune fille, le sport était une façon de laisser sortir toutes ses émotions, de penser à autre chose et de voir ses coéquipières qui étaient de bonnes amies. «C’est là que je m’exprimais réellement et que je me défoulais, mais au bout de la ligne, ce n’était pas assez», admet Stefanie Petrella.

Selon le doctorant en psychologie des sports à l’UQAM, Jérémie Verner-Filion, le sport est un excellent outil pour aider un individu à se sortir d’événements difficiles comme la dépression. «La théorie de l’autodétermination comporte une idéologie selon laquelle deux types de motivations poussent les individus à pratiquer un sport de manière passionnelle, l’une d’elles pouvant soulager la dépression, et l’autre non, affirme-t-il. Lorsque le sport fait partie de l’identité d’une personne, ça devient une activité passionnante.» La passion harmonieuse comporte plusieurs conséquences positives et favorise le bien-être psychologique. Tandis que l’autre type de passion, la passion obsessive, mène à la dépression. «Quelqu’un qui s’investit dans son sport, de manière obsessive, n’a presque rien d’autre dans sa vie, excepté ledit sport, explique Jérémie. Ce n’est pas une question de quantité, mais bien de qualité de l’investissement».

Crédit : Maude Parent

Stefanie était une passionnée. Elle aimait son sport, mais elle s’en est détachée pour prendre soin de sa personne. Souffrant d’anxiété depuis longtemps, elle a finalement réussi à parler de ses problèmes à sa mère qui lui a fait rencontrer un psychologue. Elle a finalement été hospitalisée pendant deux mois, une période durant laquelle la palette de pilules colorées devenait de plus en plus diversifiée. «Les médecins ne m’aidaient pas vraiment, se rappelle-t-elle. Ils me répétaient quoi faire pour m’en sortir sans me dire comment. Pour eux j’étais comme une statistique, un problème qu’ils devaient résoudre».

Réparer les pots cassés

Pour s’en sortir, elle a suivi un programme dans le centre de jeunesse Amcal, pendant 14 semaines, où elle prenait part à des thérapies de groupe. Elle a dû mettre de côté la gymnastique durant son séjour au centre, chose qui n’a pas été facile pour la jeune athlète. «Ça me désole de ne pas avoir été en mesure d’aller jusqu’au bout de ma saison de compétition, avoue Stefanie. C’est quand même la gymnastique qui m’a gardé en vie, jusqu’à ce que j’aille chercher de l’aide.» Elle baisse les yeux, ne voulant pas penser à ce qui aurait pu lui arriver.

La tête bien haute en écoutant la musique enivrante de sa routine de sol, la mine bien basse à l’intérieur, Stefanie ne se serait pas imaginée passer au travers sa dépression sans la gymnastique. Sans gêne, elle raconte que c’est la seule chose qui la motivait. «Le sport te pousse à te fixer des objectifs et quand tu les atteins, c’est positif et ça aide à aller mieux, pense-t-elle. Mais l’aide psychologique est aussi nécessaire parce que le sport a des limites.» Le sport lui changeait les idées, mais dès que l’entraînement était terminé, l’athlète devait à nouveau faire face à ses soucis.

Laurianne Crépeau, une de ses coéquipières, a été tardivement mise au courant de l’état dans lequel était son amie. Elle sentait que quelque chose n’allait pas. « Stefanie ne souriait plus, elle parlait moins et se maquillait avec des couleurs plus foncées, se souvient la jeune fille. Elle n’était pas comme avant, mais elle se trouvait dans un environnement où elle avait des objectifs, où elle se sentait bonne et où elle avait du support.» «Le sport est un vecteur merveilleux pour se sortir de moments difficiles, mais il faut tenir compte de ce qui se passe à l’extérieur de l’individu pour lui donner plusieurs sources de satisfaction à différents besoins», explique Jérémie Verner-Filion. La gymnastique permettait à Stefanie de se sentir mieux le temps d’un entraînement, mais elle devait trouver d’autres solutions pour affronter ce qui se trouve derrière les portes de son gymnase.

Le sourire de Stefanie est chaleureux et son teint radieux. Même retraitée de son sport, elle garde sa carrure de gymnaste massive et élégante. Quand elle se sent lasse, elle marche encore sur ses mains. Bonne vieille habitude de gymnaste dont elle est loin de vouloir se départir.

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