Drapeau arc-en-ciel en berne

mardi 20 janvier 2015 7:00

Crédit : Arc-en-ciel d’Afrique

 

Image d’une terre promise pour les homosexuels opprimés à travers le monde, le Canada affiche fièrement ses couleurs aux teintes de tolérance. Mais le chemin est ardu pour les gais et lesbiennes qui désirent y immigrer.

Par Claire Briffault

Là où certains Occidentaux se réjouissent de pouvoir vivre ouvertement leur homosexualité, les demandeurs d’asile, fuyant des exactions homophobes de plus en plus violentes dans leurs pays d’origine, se heurtent à une administration alourdie par des mesures d’austérité et font face à un choc culturel important. Âgée de 24 ans, Raphaëlle Gallet*, arrivée de France il y a deux ans, poursuit des études en kinésiologie à Montréal. C’est au Québec que la jeune femme a pu se revendiquer homosexuelle après avoir caché, dix ans durant, son orientation à ses proches lorsqu’elle vivait en France «Je l’ai dit à mes parents le 14 juillet, l’année dernière. La distance m’a sans doute permis de m’affirmer et d’assumer qui je suis», avoue-t-elle avec du recul.

Le milieu universitaire lui a permis de rencontrer des filles, lesbiennes comme elle, qui lui ont fait réaliser qu’elle n’avait plus à se cacher « J’ai des amis homosexuels, en France, qui ont le courage de se promener main dans la main et se font insulter constamment. Ici il y a moins de jugement, les gens sont plus ouverts d’esprit.» Raphaëlle Gallet jette un regard sévère sur son pays qu’elle juge fermé et rétrograde malgré les avancées en faveur des gais ces dernières années. À l’évocation du mariage pour tous, la jeune femme s’enflamme : selon elle, cela n’a fait qu’envenimer la situation. Depuis 2013, moment où la France est devenue le 14e pays au monde à autoriser le mariage entre deux personnes de même sexe, les manifestations anti-mariage gai et les actes homophobes ont explosé dans l’Hexagone.

Comme un effet papillon, les répercussions de ces lois donnant aux homosexuels un statut de citoyen à part entière ont eu l’impact d’un ouragan homophobe à travers le monde. Selon Amnestie Internationale, des pays comme la Gambie ou le Tchad renforcent leur position homophobe en pénalisant (ou en prévoyant de le faire) désormais ces relations, rendant ainsi légales les violentes répressions contre les homosexuels. Les sanctions apposées vont parfois de la prison à perpétuité à la peine de mort.

Les demandes d’exilés homosexuels affluent donc en grand nombre au Canada, mais le statut de réfugié est un Graal de plus en plus difficile à obtenir. La directrice générale de l’organisation Arc-en-ciel d’Afrique, qui vient en aide aux arrivants de la communauté LGBT des pays Afro-Caribéens, Patricia Jean, déplore que le délai de traitement du cas d’un demandeur d’asile soit passé de deux ans à un maximum de 60 jours. Soixante jours, c’est trop peu selon elle pour réunir les preuves des menaces qu’encoure la personne si elle était expulsée dans son pays.

Le responsable de l’association venant en aide aux gais hispanophones Au delà de l’arc-en-ciel (ADA), Hector Duque Gomez, va plus loin en affirmant que les réfugiés attendent parfois en prison que leur sort soit statué. Il ne blâme pas cependant le gouvernement, qui doit faire face à une forte affluence migratoire dans un contexte de restriction sociale. «Un réfugié coûte extrêmement cher à l’État. Le problème, c’est que beaucoup invoquent un statut de réfugié alors que leur état ne le nécessite pas et cela nuit aux personnes qui sont réellement dans des situations dramatiques», regrette-t-il.

Pour ceux qui ont franchi l’étape du visa, l’adaptation reste rude. «Les réfugiés afro-caribéens vont souvent rechercher leur communauté en arrivant au Canada, pour retrouver leurs racines. Mais ils retrouvent aussi l’homophobie  de leur culture. Ils ne savent plus à qui se confier et c’est là que nous intervenons», affirme Patricia Jean. Elle assure aussi que nombre d’entre eux vont souffrir de double discrimination en étant noirs et homosexuels. Il n’y a pas que pour les personnes de couleur que l’exclusion se fait sentir; même si elle se sent plus libre au Québec, Raphaëlle Gallet ressent, elle aussi, un certain racisme anti-français, ce qui nuance son discours d’état-providence pour les homosexuels. Pour Hector Duque Gomez, l’individualisme des Québécois est souvent le plus gros choc pour les homosexuels hispanophones. «La vision des relations est vraiment différente; dans notre culture, l’entre-aide et la famille sont des valeurs fondamentales. Les Québécois veulent souvent des relations sexuelles sans engagement, ce qui est difficile à concevoir pour nous» , constate-t-il.

Pour faire connaitre leur réalité, les dizaines d’associations montréalaisesd’aide aux immigrants LGBT tentent de sensibiliser les Québécois à leurs difficultés mais aussi de rassembler leur communauté pour briser la solitude. Le constat semble néanmoins unanime chez ceux qui viennent en aide à ces exilés ébranlés psychologiquement : l’éveil des consciences est une chose, mais les associations ont besoin de soutien financier de la part d’un gouvernement qui, à l’heure actuelle, n’estime pas prioritaire la cause des immigrants homosexuels.

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