Le ras-le-bol du pure-laine

mardi 20 janvier 2015 8:00

Crédit : Firas

 

Avec une communauté musulmane grandissante au sein de la province, des Québécois se radicalisent face à l’Islam.

Par Philippe Lemelin

Plusieurs gestes haineux à caractère islamophobe ont été commis ces derniers mois au Québec. Québec Identitaire revendique l’affichage de pancartes citant « Islam hors de chez moi » sur trois mosquées de la ville de Québec en novembre dernier. La communauté musulmane de la capitale s’inquiète de cette montée d’intolérance dans leur terre d’accueil.

« 1-Nous ne sommes pas un groupe d’extrémistes radicaux.
2- Nous défendons les droits des québécois qui désirent s’exprimer librement au sujet de rituels religieux qui nous sont imposés.
3-Nous croyons fermement qu’un québécois d’origine a le droit de refuser de se faire imposer des cultures et des rituels religieux sans se faire démoniser. » C’est ainsi que Québec Identitaire (QI) se présente sur les réseaux sociaux.

Responsable à la Mosquée de Québec, l’un des établissements ciblés, Khalil dénonce les actions de QI. « Ce geste peu courageux démontre une certaine méconnaissance de la religion musulmane », explique-til. Il affirme que sa communauté est pourtant ouverte au dialogue. « Si ces gens ne sont pas d’accord avec nous, ils n’ont qu’à venir nous parler », ajoute-t-il. Les communications de QI se résument à une page Facebook, où le groupe partage des articles d’opinion s’opposant à l’Islam et à sa radicalisation. Lorsque questionnée sur les activités de l’organisation, une administratrice répond qu’il s’agit d’un « groupe de discussion et de critique constructive ». « On supporte Poste de Veille, Vigile, Louise Mailloux et Djemila Benhabib qui sont tous attaqués en justice par les islamistes radicaux pro-charia » ajoute-t-elle.

Le professeur en sociologie politique à l’UQAM, Jacques Beauchemin, explique que l’apparition de groupes comme QI est le ressac identitaire au Québec. « L’exaspération du mouvement souverainiste jumelée au désengagement des Québécois en politique et aux attaques d’Ottawa et de Saint-Jeansur-Richelieu poussent certaines personnes vers des idéaux d’extrême-droite », avance le professeur. « Il faut tout de même garder de tels regroupements à l’œil, même si Québec Identitaire n’est actuellement qu’un groupuscule peu influent», déclare Jacque Beauchemin.

Khalil, lui, déplore le silence des politiciens en ce qui a trait aux gestes haineux envers sa communauté. « Cela envoie deux messages. On dit aux gens qui commettent ces crimes ‘faites ce que vous voulez’. Et on nous dit que nous sommes des citoyens de moindre importance », dénonce-t-il.

Lorsque vient le temps de trouver des solutions pour contrer la montée des groupes comme QI, Jacques Beauchemin affirme que la question de l’immigration est trop souvent écartée. « Sachant que le Québec reçoit plus de 55 000 immigrants chaque année, la question est légitime. Pourtant ceux qui osent la poser se font traiter de xénophobes. »

De son côté, Khalil rappelle que ce ne sont pas tous les immigrants musulmans qui pratiquent. « Mis à part à la prière du vendredi où nous recevons une centaine de personnes, il n’y a pas plus de dix personnes qui viennent ici tous les jours. Il ne faut pas mettre tous les musulmans dans le même panier. »

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