L’économie sous le wigwam

vendredi 20 janvier 2012 1:19

Par Olivier Lefebvre

Dans l’imaginaire collectif, les projets autochtones sont voués à l’échec. Les Premières Nations renferment une culture riche ainsi que des idées. Seul problème, elle ne se développe pas en raison d’un cul-de-sac économique.

Il y a quelques années, le Conseil des Innus de Pessamit, sur la Côte-Nord, avait mis sur pied un centre de villégiature pour égayer le tourisme dans leur réserve. Aux abords de la rivière Manicouagan, le Centre de villégiature de Papinachois offrait une panoplie d’activités balnéaires.  On y éduquait les touristes sur la culture innue. Il était même possible de passer la nuit sous un wigwam. Augustin Desterres, natif du village innu de Pessamit et journaliste pour la Société de communication Atikamkekws-Montagnais (SOCAM), insiste sur la promotion de sa région, un endroit méconnu des touristes. Selon lui, ce serait la faible affluence de touristes qui a provoqué l’extinction de la station. «On aurait dû installer de la publicité sur la route 138» lance-t-il. Ce serait une initiative importante qui permettrait d’accélérer le roulement économique.»

L’économie de Pessamit se résume maintenant aux secteurs sociaux comme l’éducation ou l’entretien des égouts, souligne le conseiller des ressources humaines au Conseil des Innus de Pessamit, Jean-Roch Picard. «Ce n’est pas assez, dit-il.  Ils ont besoin de plus d’argent. Ce n’est pas le secteur social ou les petits commerces qui les sortiront du gouffre financier.»

Pour Augustin Desterres, le réel problème est la gestion de l’argent à l’interne. Le gouvernement ne peut rien y faire. «L’argent arrive dans les communautés et on ne sait pas trop ce qui se passe avec» affirme-t-il. Une entente monétaire entre la communauté et le gouvernement ne serait toutefois pas la solution idéale. «Les habitants des réserves n’ont pas la même notion de l’argent que les Québécois» soutient-il. Les Autochtones ont tendance à dépenser rapidement leur argent, contrairement aux Québécois qui prévoient leur pension de vieillesse dès l’âge de 25 ans.  C’est sans parler des problèmes de jeux, de drogue et d’alcool.»

Un plan à mettre dehors

Le financement des réserves autochtones est un terrain glissant. Le plus gros problème étant la gestion de l’argent, le gouvernement ne peut s’imposer dans les communautés à titre de gestionnaire. Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Harper a injecté 90 M$ dans la réserve ontarienne d’Attawapiskat. Pourtant, les habitants n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins essentiels. Desterres explique ce gouffre financier par des dettes, le surfinancement de l’éducation et des services de santé et, bien sûr, le problème de distribution de l’argent. Début décembre 2011, le fédéral a mis la réserve ontarienne d’Attawapiskat sous tutelle. La communauté n’a pas accepté la décision de l’instance politique, se sentant humiliée d’un tel geste.

Le Plan Nord, tel que prévu par le gouvernement Charest, provoque un tollé d’incompréhension chez les citoyens de Pessamit. «On ne sait pas ça consiste en quoi, ni même si on va être impliqués dans le projet» affirme Desterres. Le premier ministre offre aux Innus de Pessamit 350 M$ sur 50 ans. Le grand chef de la communauté Raphaël Picard réclame 5 G$ de dollars, soit 14 fois plus. M. Picard menace de bloquer la route 138 si ses demandes ne sont pas respectées. Selon une entrevue accordée au journal La Presse, il est en ce moment en croisade à travers le monde pour dénoncer le Plan Nord de Charest. Le grand chef sent les droits de sa communauté bafoués et ses territoires en danger.

À Pessamit, le responsable aux ressources humaines Jean-Roch Picard refuse de se prononcer sur la nécessité du Plan Nord. Augustin Desterres, quant à lui, réclame des précisions de la part de Jean Charest quant aux lieux de l’exploitation minière ainsi qu’une participation active des Autochtones dans le projet. Il invoque que c’est en offrant des emplois à sa communauté que le gouvernement les charmera.

Les données de Statistiques Canada démontrent que le taux de chômage est deux fois plus élevé chez les Autochtones de Pessamit que le reste de la population autochtone au Québec. Dans la réserve, moins d’un Innu sur trois exerce un emploi légal reconnu par le gouvernement du Canada. Le travail au noir n’y est pas compté.

La joute du Grand Nord est une saga à suivre en 2012. «Avant de juger si c’est bon ou mauvais, on a besoin de réponses», conclut Augustin Desterres.

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