Confronter la réalité

mercredi 21 janvier 2015 7:00

Crédit : Aapo Haapanen

 

Les prisonniers qui retrouvent leur liberté sont souvent sans entourage et sans repères. La voie de la récidive peut devenir un choix facile afin de retrouver la sécurité de la prison. 

Par Véronique Senécal

«Tu vas apprendre à te réinsérer dans la société comme tu vas apprendre à nager dans l’eau. Ce n’est pas en prison que ça s’apprend», affirme un membre de l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec, David Henry. Un réapprentissage qui se fait jour après jour pour les ex-détenus qui doivent éviter de retomber dans leurs anciennes décisions.

David Henry est intraitable sur l’importance d’une bonne réinsertion sociale pour les prisonniers. Les milieux carcéraux regorgent de détenus avec leurs personnalités respectives et leurs histoires singulières. Ils ont en commun la dure réalité qu’ils devront affronter à leur sortie de prison où le risque de récidive n’est jamais bien loin.

L’infirmière en milieu carcéral, Jessica Bélanger, dénonce le rôle joué par la société dans la réintégration des ex-détenus. «Même si la société prône la réinsertion sociale, les détenus sont, malgré tout, victimes de stigmatisation, explique-t-elle. Ils sont étiquetés et peuvent avoir de la difficulté à se trouver un emploi, par exemple. Ça crée des barrières» L’entourage des ex-détenus influence en grande partie la façon dont leur réinsertion sociale se déroule. Selon le professeur en criminologie à l’Université de Montréal, Jean-Pierre Guay, changer de mode de vie est extrêmement ardu pour ces personnes qui ne connaissent rien d’autre. «Lors de leurs sorties de prison, ils se remémorent des souvenirs, indique-t-il. Il y a des chances qu’ils revoient leurs anciennes fréquentations et, du même coup, qu’ils refassent les mêmes activités qu’avant leurs incarcérations.» David Henry croit aussi qu’il peut y avoir un manque de soutien aux ex-détenus, surtout s’ils n’ont plus de réseaux sociaux.

Ce lieu de détention devient rapidement un lieu de réconfort et moins hostile qu’il en a l’air pour les prisonniers. «La prison n’est pas la vraie vie, mais ils se sont adaptés à cette réalité. C’est trois repas par jour et un lit au chaud», affirme Jean-Pierre Guay. À son avis, leurs manque de repère dans une société qui a continué d’évoluer, depuis leur entrée en milieu carcéral, devient difficile à gérer. «Le rythme de vie trop rapide, contrairement à la prison, est une angoisse pour eux. Des petites choses bêtes pour nous peuvent être une source d’angoisse pour eux. Par exemple, le fonctionnement des tickets d’autobus», précise David Henry. Un retour en prison peut s’avérer l’unique solution pour échapper à l’angoisse de leur nouvelle liberté. Jean-Pierre Guay dénote que les récidives sont des actes commis sous l’impulsion du désespoir ou faisant partie de l’inconscience.

Malgré l’impatience des prisonniers de retrouver leur liberté, une sortie de prison est moins rose qu’elle peut en avoir l’air. Un grand défi pour les détenus qui doivent réapprendre à bien intégrer la société. Un réapprentissage qui s’annonce ardu, mais qui reste possible s’ils sont prêts à confronter la réalité.

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