La rupture

mercredi 21 janvier 2015 7:30

Crédit : Matthew Fearnley

 

Les enfants nés au cœur d’un groupe religieux marginal reçoivent une éducation visant à les isoler de la société. Lorsqu’ils en sortent, ils se retrouvent sans repères dans un monde qu’ils ont appris à haïr.

Par Alexis Boulianne 

Imaginez avoir vécu toute votre vie à l’intérieur d’un groupe religieux. Votre famille, vos amis, vos professeurs, tous ceux qui sont importants pour vous en font partie. Arrive un jour, à l’âge adulte, où vous devez quitter. Eugène L. Bérubé, aujourd’hui expert sur la question des groupes religieux, a jadis fait partie d’un de ces groupes. Comme d’autres, il s’est retrouvé au dépourvu lorsqu’est venu le temps de refaire sa vie.

Au Québec, certains enfants reçoivent une éducation strictement religieuse. C’est le cas de plusieurs enfants dont les parents sont membres de la Mission de l’Esprit-Saint, dans la région de Joliette. Le groupe s’est fait remarquer à la suite de reportages du Journal de Montréal en 1996. Pour ces enfants, l’école est une pièce de leur maison où ils apprennent les enseignements religieux du groupe. Ils n’apprennent pas de notions de science et peu d’écriture. Les membres sont aussi incités à se marier très jeunes, vers le milieu de l’adolescence. La majorité d’entre eux portent des prénoms inspirés du fondateur du groupe, Eugène Richer dit La Flèche. Cet ancien policier montréalais est tombé en disgrâce et il a créé le mouvement en 1915 à Lavaltrie.

Eugène L. Bérubé, aujourd’hui âgé de 52 ans, a vécu dans la Mission de l’Esprit-Saint jusqu’à l’âge de 22 ans. Il a fréquenté une école privée à l’extérieur de la Mission, comme le souhaitaient ses parents. Pourtant, il ne s’est jamais lié d’amitié avec ses camarades d’école. Toute son enfance a été confinée à l’intérieur des murs idéologiques du groupe. «Ce n’est pas la Mission de l’Esprit-Saint qui empêchait l’isolement, parce qu’au sein du groupe, il y avait plusieurs personnes qui avaient une socialisation normale. Les parents plus radicaux et zélés, pour ne pas dire fanatiques, comme mes parents, insistaient pour ne pas que j’établisse de contact avec des gens de l’extérieur du groupe, parce qu’ils pouvaient représenter une influence négative», nuance-t-il. Aucun membre du groupe n’a souhaité témoigner.

Quitter le groupe

Professeure à l’Université de Moncton et spécialiste en groupes religieux, Marie-Andrée Pelland explique les obstacles que les gens qui sortent du groupe doivent traverser. Par exemple, se débarrasser de la haine du monde extérieur, apprise depuis l’enfance, peut être difficile. De plus, certaines personnes sont dépendantes financièrement du groupe. Selon la professeure, sans les connaissances de base en lecture, en écriture ou science, trouver un emploi est une tâche colossale. La spécialiste nuance que, dans la plupart des cas, les leaders des mouvements marginaux n’ont pas de mauvaises intentions puisque leur but premier est de protéger les enfants «de la contamination» extérieure. Ce processus, Eugène Bérubé l’a également vécu. Il compare le départ d’un groupe religieux à une rupture amoureuse. « Tout se passe sur le plan émotif. Du recrutement jusqu’à la rupture, le séjour d’une personne dans un groupe religieux est intégralement le même que pour une histoire d’amour », explique-t-il. Il ajoute que la rupture crée un sentiment de haine et de colère, selon lui, les ex-membres en viennent à oublier les moments positifs qu’ils ont passés dans leur ancien groupe. Sans vouloir faire l’apologie des groupes religieux, il critique les médias qui ont tendance à les attaquer sans s’attarder à vraiment les comprendre. De cette façon, ils renforcent les préjugés à l’égard des anciens membres qui tentent de s’intégrer dans la société. Le directeur et fondateur de l’organisme Info-Secte, Mike Kropveld, est du même avis. Selon lui, les médias doivent informer la population et faire tomber les préjugés. Ils ont également l’obligation morale de dévoiler les excès et les actions criminelles.

Des ressources inexistantes

Peu de ressources existent pour aider les gens qui sortent des groupes religieux, selon Mike Kropveld. D’après Eugène Bérubé, les ex-membres sortent parfois « avec seulement les vêtements qu’ils ont sur le dos». Selon Mike Kropveld, même si les maisons d’accueil sont disponibles pour ceux qui sont en période de transition, il n’existe aucune aide spécifique pour les gens qui sortent des groupes. Son organisme, qui offre un service d’écoute, est le seul au Québec à faire ce travail. En partie financé par l’argent public, l’avenir d’Info-Secte demeure constamment incertain.

 

3 Comments

  • Line Sévigny

    Je souhaite informer la population que l’église biblique baptiste métropolitaine Sud situé a St-hubert(longueuil) est un endroit a caractère sectaire. Abus spirituel, abus financier majeur, manipulation avec les Saintes Ecritures, endoctrinement par la pensée du leader principal et fondateur de ce milieu religieux à caractère hautement sectaire et marginal. Correction corporelle abusive sur les enfants jusqu’a l’adolescence. Que la société soit informée!!!!

    • Marc Nadeau

      Je confirme, j’en ai été plus jeune. Lorsque quelqu’un de ma famille a fait une dépression et tentative de suicide ils nous ont abandonné comme une vieille chaussette.

    • Marc Nadeau

      Ca été long et difficile de composé avec un monde que je considérait comme en perdition mais le jeu en vaut la peine, j’ai appris à penser par moi-même. Les religions sont les pires ennemies du genre humain.

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