Timides plaisirs coupables

jeudi 22 janvier 2015 7:30

Crédit : Stéfan

 

La société d’aujourd’hui se dit ouverte d’esprit au sujet de la sexualité, mais elle n’est pourtant pas moins perplexe qu’auparavant et les boutiques érotiques représentent encore un obstacle à son émancipation.

Par Amélie Drasse

Au XXe siècle, les sociétés subissent une culture pop qui a mené à une révolution sexuelle encore en branle. Les générations X et Y peuvent se vanter d’être plus à l’aise avec la sexualité, mais l’aisance autour de la leur n’est pas complètement acquise. Lorsque vient le temps de parler de sexualité, les tabous se multiplient, particulièrement autour des boutiques érotiques.

Montréal ne manque pas de ce type de marchandise. La rue Sainte-Catherine regorge de ces petits magasins où la clientèle la plus fréquente est principalement composée de danseuses. Selon Mélissa, vendeuse chez Extasy, lorsque des jeunes décident de venir assouvir leurs plaisirs coupables en clique, ils ressortent souvent de la boutique les mains vides, alors que seuls, ils sont plus tentés de faire un achat.

Ces boutiques sont encore sujettes à des tabous qui parviennent aussi à influencer un règlement de la ville interdisant la distribution de nouveaux permis de commerces érotiques. «De ce côté-ci, à cette adresse, on a un permis pour la lingerie, mais pas pour un sexshop, la ville de Montréal ne veut plus délivrer de permis de sexshop, car c’est rendu mal vu en question d’urbanisme et pour le tourisme, explique la vendeuse.

Ce côté-ci, c’est tout ce qui est neutre, sans représentation physique, et l’autre côté, c’est réaliste.» Selon Mélissa, les femmes représentent la gent ayant le plus d’aisance sexuelle aujourd’hui. «Je crois que ça a rapport avec l’émancipation de la femme, la femme qui est en contrôle de sa sexualité et qui la connaît, poursuit-elle. J’ai l’impression que les jeunes Québécoises sont rendues très à l’aise avec leur sexualité, elles en parlent plus ouvertement. Elles ont acquis une confiance et ressentent le droit d’en parler aujourd’hui.»

Une jeune femme de 18 ans, Marie-Soria Dorions, est du même avis. «Je fréquente [les boutique érotiques] depuis que j’ai 17 ans, raconte-t-elle. La première fois n’était que pour des préservatifs, et depuis ce temps, j’aime bien aller voir ce qui se trouve sur les tablettes.» Il s’agit d’une bonne initiative selon François Renaud, sexologue et psychothérapeute, qui possède son propre cabinet et qui aide les gens désirant davantage s’épanouir sexuellement.

Selon le sexologue, les propos devraient être nuancés. «On en cache beaucoup moins, on en parle plus qu’auparavant, mais ça reste quand même très impersonnel comme discussions, explique-t-il. Les jeunes ne parleront pas nécessairement de leur sexualité, mais de la sexualité.»

Que la société soit plus ouverte ou non à la sexualité et aux péchés mignons, l’important, selon le sexologue, est d’éduquer les gens à faire la différence entre la fiction et la réalité, d’être à l’aise avec leur sexualité et d’assumer leur érotisme. «Que ce soit avec des amis ou avec leur partenaire, il est important de ne pas subir la sexualité, mais de l’apprécier», recommande-t-il. Tous les outils sont présents afin de diriger la société d’aujourd’hui vers une émancipation affirmée de sa sexualité.

Leave a reply

required

required

optional