Le cœur au bord des lèvres

mardi 24 mars 2015 8:30

Tel le populaire dicton « Faites l’amour, pas la guerre », je me suis transformée le temps d’une journée en ce qui ressemble à un mélange de donneuse de câlins et de Mimi dans La Galère.

Par Leïla Jolin-Dahel

Après avoir ingurgité trois cafés au lait, je suis fin prête à affronter la première épreuve que je me suis fixée: entrer en contact avec des inconnus dans le métro. Après m’être habillée, coiffée d’un chignon et légèrement maquillée, j’attends sur le quai de la ligne verte, station Préfontaine.

J’entre dans le wagon et remarque un jeune homme à la tuque colorée en train de discuter avec une demoiselle. Après l’analyse de leurs langages corporels respectifs, j’en déduis qu’ils ne sont pas un couple ou en voie d’en devenir un. Je décide de réessayer une pick-up line qui avait déjà fonctionné dans un bar, avec toutefois quelques verres de vin de moins dans le corps. Cette fois-ci, à jeun, mon rythme cardiaque monte d’un cran et je juge l’expérience dangereuse pour mon ego.

« Salut ! Écoute, je ne veux pas vous déranger longtemps. Je ne fais pas ça, d’habitude, mais bon, je te trouve cute pis je voulais te le dire. Ça fait que, si tu es célibataire et que tu as envie de savoir mon nom, voici mon numéro de téléphone. Bonne journée ! »

Le garçon semble étonné ; la fille aussi. Mais ils rient. De mon côté, je veux disparaître, même si je feins d’être tout à fait à mon aise. C’était moins intimidant de complimenter en ligne, sans avoir à faire face à mon interlocuteur, mais plus osé qu’un ordinaire Métro flirt dans le journal. À la station Papineau, je sors du wagon même si je ne suis pas arrivée à ma destination, question de faire dérougir mon visage. Ouf ! Mon ego a survécu. On respire et on continue.

Arrivée au travail, je trouve plus facile de faire un calin à chaque collègue qui me salue que l’expérience précédente. Il est plus facile de solidifier des liens qu’on a déjà. Même si mes compagnons de travail sont surpris de mes élans tactiles, ils semblent que ceux-ci leur donnent le sourire pour entamer leur journée.

De retour chez moi, je poursuis en stalkant les profils Facebook d’inconnus à la recherche d’hommes de belle apparence. Un barbu au look de Jésus répondant au prénom de Thierry attire mon regard. Allons-y d’une manière directe, mais pas trop brusque :

« Salut ! RANDOM ACT OF KINDNESS : On ne se connaît pas, mais j’ai vu ta photo de profil et je tenais simplement à te dire que je te trouve sexy ! Bonne journée ! xx »

Quelques minutes plus tard, l’Adonis en question me répond : « Merci, c’est gentil ! » Après une vingtaine de messages lancés ici et là, je reçois plusieurs réponses similaires, parfois avec une relance. J’ignore si c’est parce que je suis une fille, mais ça semble trop facile. De quoi me mettre en confiance pour la suite des choses…

Un tintement sur mon cellulaire m’indique que j’ai un message sur ma boîte vocale. C’est l’inconnu du métro, prénommé Maxime, qui m’annonce que mon répondeur lui a indiqué mon prénom et que j’ai une fort jolie voix, même sur une machine. Pour couronner le tout, il m’invite à prendre un verre dans la semaine qui suit. Ego boost. À suivre…

Crédit : Leïla Jolin-Dahel

 

Les vraies affaires

Pour la soirée, j’ai demandé à une amie, au courant de l’expérience de cobaye à laquelle je me prête, de m’accompagner dans un bar sans me juger. Après un apéro arrosé de vin blanc pour se mettre à l’aise, nous nous rendons chez M. Smith, histoire d’observer la faune locale. Assise au bar à côté d’un garçon hipster à l’air un peu gêné, je lui dis que je suis prête à l’embrasser s’il paie ma bière.

« Pardon ? »

Son air incrédule me tétanise sur place. Je lui dis de laisser faire, que je l’aime quand même et bois ma bière d’un trait en allant rejoindre mon amie, installée plus loin. Décidément, j’ai besoin d’être plus à l’aise si je veux laisser mon ego de côté.

Trois pintes et deux shooters plus tard, mes aptitudes à socialiser s’améliorent.. Pas de temps à perdre, je vais droit au but, sans culpabilité. J’approche un duo de gars assis à une table.

« Salut ! Écoutez, j’ai comme mandat de donner de l’amour à qui le veut bien ce soir et comme vous m’avez l’air en manque, je vais vous faire un câlin. »

Je me surprends moi-même de ma hardiesse. Les gars se lèvent de leur chaise et nous nous faisons une franche accolade. Coincée entre les deux, j’en profite pour les gratifier tour à tour d’un bec dégoulinant de bave sur la joue.

« Vous sentiez bon, je me suis permis de vous embrasser », ai-je dit avant de retourner vers mon amie sans attendre leur réaction. C’était un peu too much à assumer.

Avec un solide mal de tête le lendemain matin, j’ai repassé le cours de ma journée. Si donner de l’amour en ayant bu peut donner mal au cœur dans tous les sens du terme, je retiens qu’en pleine possession de mes facultés, dire aux gens que je les aime et les complimenter est plus facile à faire qu’il n’y paraît. Ça leur a fait du bien… autant qu’à mon ego.

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