Le jugement de l’opinion publique

mardi 24 mars 2015 10:00

Guy Turcotte, Luka Rocco Magnotta, deux noms qui ont façonné l’imaginaire québécois. Tout deux sont responsables d’un débat de société ayant bousculé la nation, face à leur demande d’un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de maladie mentale.

Par Béatrice Roy-Brunet

Les deux cas se ressemblent, autant par leur démarche juridique que le tollé suscité dans la société. En 2011, Guy Turcotte a été reconnu non criminellement responsable du meurtre de ses deux enfants pour cause de troubles mentaux. Quelques mois plus tard, Luka Rocco Magnotta a plaidé qu’il n’était pas responsable du meurtre de l’étudiant chinois Lin Jun en raison de sa schizophrénie. Toutefois, les jurés n’ont pas accepté ce diagnostic et l’ont reconnu coupable notamment de meurtre prémédité, d’outrage à un cadavre et l’ont condamné à la prison à vie.

Professeur adjointe à l’école de criminologie de l’Université de Montréal, Chloé Leclerc rappelle que les cas de ces deux hommes restent assez atypiques. « Dans les deux cas, il y a eu des débats d’experts, mais dans la plupart des cas ou une personne est reconnue non-responsable, il n’y a pas de grand débat et tout le monde reconnait qu’elle n’était clairement pas en état de comprendre ce qu’elle faisait », explique Chloé Leclerc. Étant donné l’intérêt émotionnel suscité par ces évènements, ces deux noms restent les seuls cas dont la société québécoise se souvienne.

Crédit : Michael-Coghlan

 

L’association peut se faire facilement entre la violence d’un tel acte et un diagnostic de trouble de santé mentale. Amélie Guertain, étudiante au doctorat en psychologie ajoute que les personnes souffrant de troubles mentaux sont déjà associées à de nombreux préjugés dans la société et que plusieurs tabous perdurent et les affectent négativement. Pourtant, elle ne croit pas que ces verdicts donnent une moins bonne image aux troubles mentaux puisque la crédibilité des diagnostics resterait intacte lors d’un procès. « On demande une expertise en santé mentale, le prévenu est en droit de faire autant d’expertises qu’il le souhaite et de choisir celle qui sera présentée devant le tribunal », ajoute Amélie Guertain.

Aux yeux de la professeur au département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal, Emmanuelle Bernheim, ce ne serait pas les maladies mentales qui auraient écopé d’un jugement négatif dans l’opinion suite à ces deux procès. Ce serait plutôt l’opinion publique par rapport à la justice qui s’est un peu envenimée. « Un verdict d’une telle nature n’équivaut pas à un acquittement, mais plutôt à une façon de dire que l’étal mental de la personne au moment de commettre l’acte était tel qu’elle n’était pas capable de reconnaître le bien du mal », précise-t-elle. De cette façon, l’intérêt direct est d’offrir à ces personnes les soins qui lui permettent de réintégrer la société sans danger ni pour elles-mêmes ni pour autrui.

Selon Emmanuelle Bernheim, les décisions judiciaires, comme dans le cas de Guy Turcotte, ont eu un effet sur l’image que les gens ont de la justice ou de la maladie mentale en grande partie à cause de la désinformation des Québécois. Les médias auraient contribué en ne donnant pas toute l’information nécessaire sur le plan juridique et en présentant la situation de façon sensationnaliste. « De mon point de vue, c’est essentiellement parce que les gens sont mal informés, tant sur le fonctionnement de la justice dans son ensemble que sur le verdict de non responsabilité pour cause de troubles mentaux » conclut Me Bernheim.

Leave a reply

required

required

optional