Dubaï, l’élève modèle du Golfe ?

jeudi 26 mars 2015 8:05

Chaque année, de nombreux d’Occidentaux viennent tenter leur chance à Dubaï, apportant dans leurs bagages valeurs et traditions aux antipodes d’un pays à la culture musulmane.

Par Romane Hocquet

Depuis quelques années, Dubaï attire la convoitise d’Occidentaux troquant leur rêve américain pour cette ville aux constructions pharaoniques. Cette immigration croissante rime avec adaptation, aussi bien pour ces nouveaux arrivants que pour les nationaux. La transition de New York ou Londres vers Dubaï n’est pas aussi délicate qu’elle n’y parait, bien que cette cohabitation aux allures idylliques ait un prix.

Dans ce paysage désertique, les tours futuristes se multiplient aussi rapidement que les expatriés venus faire fortune dans ce «véritable eldorado», comme l’appelle le chercheur à la Chaire Raould Dandurand, Mohammed Ourya. La raison est simple : «Dubaï, quand on a de l’argent, c’est le paradis», raconte un jeune expatrié français, Ibrahim Chauvin.

Dubaï ne comporte d’ailleurs que peu de contraintes pour ces expatriés occidentaux, libres de conserver leurs modes de vie. «Je n’ai absolument pas eu à changer mes habitudes», raconte Ibrahim Chauvin, arrivé de France depuis quelques mois. Ces expatriés sont tout de même tenus de respecter certaines restrictions dans les espaces publics. «Dubaï reste une ville musulmane, il faut donc respecter la culture des locaux c’est-à-dire être couvert dans les lieux publics», explique une hôtesse de l’air française travaillant pour une compagnie locale, Laura Vital.

Ces libertés sont aussi valables pour les femmes, occidentales tout du moins, l’islam s’accompagnant davantages de préceptes à l’égard des femmes musulmanes. «Je m’y sens très bien et le mode de vie est relativement similaire aux pays occidentaux», ajoute Laura Vital. Loin du rigorisme de l’Arabie Saoudite, les femmes expatriées à Dubaï peuvent très bien conduire, voyager ou encore sortir entre amies. «Dubaï, ça ressemble plus à Las Vegas qu’à Ryad, capitale de l’Arabie saoudite», confie l’algérienne habitant à Montréal, Miriam Benzaza. La femme dubaïote va ainsi préférer l’abaya, habit traditionnel émirien, mais cela n’empêchera pas de conserver une garde robe occidentale, en évitant tout de même des tenues un tantinet aguicheuses, morale oblige.

Les Dubaïtoes ont ainsi vu leur littoral désertique se transformer en Disneyland pour adultes où tout semble permis, des pistes de ski en plein désert aux soirées enivrantes où l’alcool coule à flot, du moins pour les non-musulmans. Sur les 2,5 millions d’habitants de la ville, on compte deux fois plus d’Occidentaux que de nationaux. Face à cette disproportion, tout le défi réside dans la sauvegarde des traditions sans toutefois oublier l’opération-séduction adressée à l’expatrié, indispensable à l’économie de la ville.

Crédit : Mohammed J

 

Les clefs de la réussite

Cette adaptation n’exclut pas le fait qu’un décalage persiste toujours entre ces nationaux et Occidentaux. «Les émiratis s’accommodent à ce nouveau mode de vie mais ils cherchent aussi à protéger leur culture», explique Mohammed Ourya. Ces deux Dubaï n’ont que peu de contacts entre eux, nationaux et expatriés faisant rarement partis du même cercle d’amis. Pour les Dubaïotes, cette séparation constitue en réalité un moyen de préserver leur culture, face à une affluence constante d’étrangers. Cette protection passe aussi par la case de parrainage, précise Mohammed Ourya. Pour éviter que les entreprises occidentales installées à Dubaï ne prennent trop d’ampleur, le système oblige un Emirati à posséder 51% des parts de la société d’un expatrié.

Pour autant, Emiratis et Occidentaux se croisent dans de nombreux lieux publics. Cohabitation est alors synonyme d’adaptation. «Ce qui me plaît à Dubaï c’est que la population est ouverte d’esprit », affirme Ibrahim Chauvin. Chacun est donc libre de choisir sa manière d’être tout en respectant celle de l’autre. «À Dubaï, il n’y a aucune animosité par rapport à ce qui vient de la modernité, et il est évident que les Emiratis sont aussi influencés par ce mode de vie occidental», ajoute le chercheur. Pour autant, comme à Disneyland, il semblerait que les buissons en forme de cœur nous empêchent de voir l’envers du décor.

Ce vivre ensemble n’est pas qu’une question d’ouverture d’esprit où les Dubaïotes feraient figure d’exception. «La caractéristique de Dubaï c’est cette multiculturalité garantie par le vivre en commun à la recherche de l’argent», explique Mohammed Ourya. Le profit reste le principal lien entre nationaux et Occidentaux, obligeant chacun à mettre ses différences de côté. Dubaï reste d’ailleurs largement dépendante de l’économie internationale et des capitaux étrangers, d’autant plus que la ville diversifie son économie grâce au tourisme pour milliardaires excentriques, explique Ibrahim Chauvin. Pour quelques années, ce Disneyland du Golfe Persique vous accepte tel que vous êtes, du moment que vous payez votre billet d’entrée et toutes les friandises qui vont avec.

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