Les J.O. à l’eau ?

jeudi 26 mars 2015 10:00

Crédit : Jarret Frazier

 

Le Comité international olympique peine à attirer les candidatures. Pour remédier à la situation, des idées, comme la création d’une ville hôte permanente, sont proposées.

Par Sarah Daoust-Braun

Stockholm, Oslo, Cracovie, Lviv. Toutes ces villes ont abandonné leur candidature en vue des Jeux olympiques d’hiver de 2022. Il ne reste dans la course que Pékin en Chine et Almaty au Kazakhstan. Organiser des Jeux olympiques est une activité de plus en plus dispendieuse. L’autorisation des candidatures conjointes ou la constitution d’une ville hôte permanente sont des pistes de solution lancées pour renverser cette tendance.

Plusieurs métropoles ne veulent plus des Jeux olympiques. Les fonds publics ne peuvent plus supporter l’augmentation des coûts d’organisation qui ont atteint environ 51 milliards de dollars à Sotchi en 2014, du jamais vu. «Ce ne sont pas les sites olympiques et les équipements sportifs comme tels qui sont la cause de l’inflation très importante des coûts, c’est surtout en raison de tous les projets d’infrastructures, de transports collectifs», explique le professeur en géographie à l’Université du Québec à Montréal et directeur du Groupe de recherche sur les espaces festifs, Sylvain Lefebvre. Il faut ajouter à cela l’accroissement du coût de la sécurité et les exigences spécifiques du Comité international olympique (CIO), très puissant et influent. Les économies émergentes, souvent autoritaires, deviennent alors les seules en mesure de s’offrir les anneaux. « Les Jeux sont devenus une vitrine pour des chefs d’État désireux de bénéficier d’une plus forte reconnaissance, et le CIO surfe sur le nombrilisme de ces derniers pour faire monter les enchères », indique le professeur de sciences économiques à l’Université du Maine en France et spécialiste de l’économie du sport, Jean-Pascal Gayant.

Pour contrer cette situation, des experts comme l’économiste Wladimir Andreff et le professeur de politique publique John Rennie Short ont suggéré l’idée de tenir les Jeux olympiques dans une ville hôte permanente, comme ce fut le cas à Olympie pendant l’Antiquité. Une île ou une ville grecque s’impose comme le choix de lieu le plus justifié. La solution n’est pourtant pas simple, selon Jean-Pascal Gayant. « La Grèce est sans doute le dernier pays désireux d’organiser des Jeux olympiques aujourd’hui. Une grande partie de ses malheurs vient de l’organisation des Jeux de 2004, soutient-il. Elle n’en a ni la volonté ni les moyens. » Le CIO semble également peu intéressé par cette suggestion. « Il faudrait vraiment qu’on se retrouve dans une situation très problématique où il n’y a aucune candidature », affirme Sylvain Lefebvre. Pour attirer les offres, le CIO a alors permis en décembre 2014 le dépôt de candidatures conjointes, qui permettrait à des villes d’un même pays ou de pays limitrophes de tenir des épreuves, comme dans les Alpes. « Cela donne au CIO un ancrage extrêmement fort, parce que celui-ci a tout son réseau d’entreprises, de grands groupes internationaux qui débarquent dans les villes hôtes pour aider à construire des stades, des projets d’infrastructures », précise le chercheur.

À long terme, les Jeux olympiques ne sont pas menacés pour autant. « Tant qu’il y aura des dictateurs assis sur de grandes réserves d’hydrocarbures, les Jeux olympiques ont un bel avenir », conclut avec humour Jean-Pascal Gayant.

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