Hiroshima moins l’amour

jeudi 26 mars 2015 11:00

Crédit : Brent 2.0 (flickr) 

Aux prises avec un grave problème de natalité, le Japon sombre dans le vieillissement incontrôlable de sa population. Les jeunes, qui préconisent le célibat à l’engagement, représentent la cellule souche de cette crise.

Par Jasmine Legendre

La société japonaise a longtemps été caractérisée par son côté puriste. Changement de cap drastique, les habitants se heurtent désormais aux valeurs occidentales. Individualisme et liberté sont leurs nouveaux leitmotivs.

L’association de planification familiale du Japon révèle que 45% des femmes et près de 25% des hommes âgés de 16 à 24 ans ne sont pas intéressés aux contacts sexuels. Ce refoulement sexuel et cette peur de l’engagement pourraient s’expliquer par un trouble de l’attachement, selon la sexologue Caroline Messier Bellemare. Une des probabilités serait lié à un manque ou une inconstance affective des parents lors des premières années du nourrisson. Cela pourrait avoir occasionné certaines conséquences, comme l’insécurité amoureuse. «Ce sont des gens qui n’ont pas appris qu’ils pouvaient compter sur les autres, croit-t-elle. Ils n’ont pas appris que l’amour pouvait être réconfortant.»

La famille occupait auparavant une place de choix dans l’imaginaire collectif japonais. «Cela créait une pression qui obligeait les gens à se marier et à avoir des enfants pour que la lignée familiale se poursuive», raconte le résident du Canada originaire du Japon, Ryunosuke Yamazumi. Aujourd’hui, le syndrome du célibat règne alors que les jeunes habitants sont désillusionnés par les relations amoureuses qui représentent une trop grande source de complications alors qu’il est possible d’«acheter» l’amour.

La sexologue décrit les Japonais comme «des piliers dans la production mondiale de prostitution hardcore.» Les quartiers dédiés au sexe ont fait leurs preuves, mais l’avènement d’Internet permet une accessibilité plus accrue. Culturellement, les Japonais ne sont pas de fervents amateurs de contacts physiques. La mondialisation a permis une recrudescence du sentiment de liberté chez les habitants et leur a donné le pouvoir d’assouvir leurs fantasmes autrement. «La notion de l’interdit était là avant, précise Caroline Messier Bellemare. Ces fantasmes de la pornographie et de la prostitution ne pouvait tout simplement pas être réalisée.»

Pour les femmes japonaises, l’engagement représente un frein à leur émancipation. Elles ont le choix. Elles se retournent fréquemment vers le travail, affirme Ryunosuke Yamazumi. Avant, elles pouvaient se marier et s’occuper de leur famille ou rester chez leurs parents pour en prendre soin. Le célibat, les fréquentations et les relations ouvertes leur permettent d’être plus autonomes et de réussir professionnellement.

Les Japonais sont certes plus libres, mais les répercussions de leur peur de l’engagement sont moins réjouissantes. Caroline Messier Bellemare pense que ce sera au gouvernement d’agir rapidement pour que le Japon ne soit pas confronté aux mêmes problèmes que le Québec après les baby-boomers. Si la situation n’évolue pas, la population pourrait se voir réduite d’un tiers d’ici 2060.

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