Les athlètes volent la vedette

vendredi 27 mars 2015 9:00

Courir à droite puis à gauche, attraper et lancer un ballon, traquer le vif d’or, tout ça avec un balai entre les jambes : c’est la réalité de ce sport tout neuf. La revanche des nerds, le quidditch ?

Par Camille Laventure

La rumeur court et ne fait pas l’unanimité. Ce sport qui avance à une vitesse exponentielle – plus de 300 équipes formées dans 20 pays depuis 2005 – tend à laisser l’héritage de la série Harry Potter derrière pour devenir encore plus grand. Et dans cette quête de reconnaissance, le sport est devenu plus sérieux, compétitif… Et exclusif ?

Il peut paraître attirant pour un amateur de la série de se joindre à une équipe de quidditch, mais il faut soit minimalement être en forme, soit le devenir. «Quand des geeks pas très sportifs intègrent une équipe, ils réalisent que c’est un vrai sport, que c’est vraiment cardio, et ils lâchent», déplore la présidente de la Ligue collégiale de Quidditch (LCQ), Emmanuelle Rheault. Elle ajoute cependant que beaucoup de personnes peu sportives qui avaient commencé à jouer par amour pour Harry Potter sont restées pour faire du sport.

Crédit : Benholland

 

Un nid d’athlètes ?

«C’est rendu beaucoup plus compétitif qu’auparavant», constate le joueur de l’équipe de McGill, Patrick Wang. L’université anglophone est le lieu de création de la première équipe compétitive de quidditch au Canada, en 2008, et l’évolution de l’engouement et du niveau est phénoménale. «Plus les années avancent, plus on cherche des athlètes qui ont fait des sports de haut niveau depuis plusieurs mois», continue-t-il en ajoutant qu’aux États-Unis, le sport est encore plus intense, les universités tenant même des camps d’entraînement.

Le vice-président externe de McGill Quidditch, Charles Bélanger, tient à faire la nuance. «Pour faire partie des équipes, il ne faut pas arriver du Cégep en étant un athlète international», explique-t-il. Les joueurs sont divisés en deux équipes de niveaux différents, A et B. Ainsi, même si les nouveaux joueurs recrutés ne sont pas physiquement prêts à jouer dès la première année, ils peuvent facilement gagner beaucoup d’expérience dans les autres catégories. «Et certains de l’équipe B de l’année dernière sont les meilleurs joueurs cette année», ajoute Charles Bélanger, qui est également gardien pour l’équipe A.

Les deux joueurs s’entendent cependant pour dire que le sport et la compétition qui l’entoure ont énormément évolué au cours des dernières années. Par contre, cela semble surtout être une réalité à l’université McGill. La présidente du Club de Quidditch de l’Université de Montréal (UdeM), Camille Théocharidès-Auger, affirme que ce nouveau sport n’est pas encore devenu exclusif aux élèves plus athlétiques, mais qu’il le deviendra peut-être. «À McGill, les joueurs sont des incroyables sportifs, compare-t-elle. À l’UdeM, on prend les gens qui sont moins sportifs et on essaie de les amener à un certain niveau.»

Et qu’en est-il au niveau collégial ? Emmanuelle Rheault est catégorique : le quidditch n’est pas du tout réservé aux sportifs. «C’est ce qui fait la beauté du sport : on va réussir à aller autant chercher des gens qui ont envie de courir, que des geeks qui veulent pratiquer leur rêve, soulignet-elle. On encourage fortement les gens peu sportifs à venir.»

Le terrain d’entente de tous se résume à ceci: veut, veut pas, le quidditch est un sport exigeant. Toute personne intéressée à participer doit donc s’attendre à un entraînement en conséquence.

«Tu es célèbre, Harry»

Cette compétitivité grandissante au quidditch n’a pas comme seule conséquence le tri des sportifs versus non-sportifs. Dans son ascension vers l’officialisation, l’Association Internationale de Quidditch tente de plus en plus de se détacher de ses racines, soit la série de livres et de films Harry Potter. Au sein des équipes et des associations montréalaises, les avis sont très partagés. Un seul point est consensuel : on ne peut pas se détacher complètement de l’héritage. «C’est impossible, pense Emmanuelle Rheault. On aurait trouvé un autre nom, on aurait enlevé les balais.» Selon Charles Bélanger, les gens n’oublient pas d’où ça vient. «Les partys et les noms de tournoi sont toujours reliés à ça, on s’en rappelle tout le temps», confirme-t-il.

Camille Théocharidès-Auger apporte sa touche à l’argumentaire. Tout en croyant fermement que le sport ne pourra jamais vraiment se détacher de son héritage, elle pense que le côté un peu geek, nerd de celui-ci peut très bien cohabiter avec son côté sportif. À l’instar des gens qui vont au Centre Bell pour voir du hockey, les amateurs de quidditch viennent aux matchs pour voir du quidditch, et non parce que c’est Harry Potter.

Et au-delà de la survie ou non de l’héritage dans le sport, tous s’entendent pour dire que la pratique du quidditch à travers le monde est un hommage à l’univers fantastique de J. K. Rowling. C’est grâce à la série qu’il est pratiqué, et chaque joueur sait pertinemment d’où le vif d’or, les cognards et le souafle prennent leur nom.

Leave a reply

required

required

optional