Se sortir du trou

lundi 30 mars 2015 10:30

Sites à l’abandon, millions de tonnes de résidus, taxes impayées, pertes d’emplois… Voilà ce que peut engendrer la fermeture des mines dont dépendent certaines villes. Le modèle des villes minières est cependant en voie de disparition.

Dominique Degré

La ville de Thetford Mines s’est développée autour de l’exploitation de l’amiante depuis 1876. En 2012, les compagnies minières mettaient fin à leurs activités suite à un décret gouvernemental. Malgré la relance économique de la ville depuis, plusieurs problèmes causés par ces fermetures demeurent non-résolus.

« Les principaux problèmes sont de nature économique», admet le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau. En effet, la fin de l’exploitation minière a selon lui causé la perte de 5000 emplois directs dans la municipalité. La fermeture des mines a aussi affecté les coffres de la ville. « La mine Bell, qui a fait faillite, nous doit encore 1.8 million de dollars, explique le maire. Le gouvernement du Québec nous a aussi promis une aide financière, mais nous n’avons rien eu encore ».

Les mines ont aussi laissé leur lot de cicatrices physiques. Elles occupaient 30% du territoire et elles sont désormais à l’abandon. « Une partie de la route 112 s’est même effondrée dans une ancienne mine », affirme le maire. L’importante quantité de résidus miniers pose aussi problème. La ville est aux prises avec plus de 100 millions de tonnes de ces résidus.

Crédit : HDR (flickr)

 

«Un modèle d’avenir»

Dans le contexte où les projets miniers d’envergure sont loin des secteurs développés, les villes minières ayant vu le jour comme Thetford Mines sont choses du passé. « Plus les sites sont loin, moins la possibilité d’un projet de ville minière est viable » explique Richard Poulin, spécialiste en économie minière de l’Université Laval.

Pour assurer la présence d’une main d’œuvre spécialisée formée dans les secteurs développés du pays, les compagnies font venir les travailleurs par avion jusqu’aux chantiers miniers, un modèle appelé fly-in.

«Les mines ont une durée d’exploitation de 10-50 ans. La rotation des travailleurs est donc le modèle le mieux adapté à une entreprise avec une durée d’opération prédéfinie », explique le professeur de géologie de l’Université Laval Georges Beaudoin.

Selon Georges Beaudoin, le fly-in possède certains avantages sur les villes minières. «Les fly-in sont flexibles, à l’inverse de l’inertie d’une ville. Elles sont conçues pour être démantelées avec un impact moins grand », explique-t-il.

Ce dernier ajoute que les camps de travailleurs sont aussi moins dommageables pour l’environnement. « Une ville est en principe permanente avec une population sédentaire. La construction d’infrastructures augmente la taille de l’empreinte environnementale. »

Les villes minières sont un modèle dépassé et, à certains égards, risqué. Ces risques ne sont toutefois pas exclusifs aux villes minières, mais à toute ville mono-industrielle. « Tout développement urbain mono-industriel est destiné à s’effondrer le jour ou l’entreprise industrielle devient caduque. Que ce soit l’auto, la pêche ou les ressources minérales », prévient Georges Beaudoin. Dans une économie mondiale incertaine, les centres urbains mono-industriels n’ont selon lui plus leur place.

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