Les acheteurs compulsifs au temps de l’austérité

mardi 31 mars 2015 9:00

Crédit : Anna Warner

 

Les acheteurs compulsifs, souvent incapables de minimiser leurs dépenses, sont parfois sur la première ligne des personnes affectées par les contraintes de l’austérité.

Par Charlotte Dumoulin

Les acheteurs compulsifs risquent de durement ressentir les compressions budgétaires du gouvernement libéral du Québec. Consommateurs à outrance, l’expression «se serrer la ceinture», en ces temps de récession économique, s’avère une tâche difficile à accomplir pour eux. Les mesures d’austérité qui ont pour but la réduction de l’endettement public semblent creuser davantage celui des acheteurs compulsifs.

«Les compressions budgétaires annoncées au Québec n’inciteront pas les acheteurs compulsifs à épargner ou à se contraindre de consommer des biens, au contraire», affirme la psychologue à la clinique de thérapie cognitivo-comportemental, Luisa Cameli. À son avis, le problème ne peut pas disparaître malgré le ralentissement économique. «Chez plusieurs personnes, il risque même d’augmenter, parce que l’austérité crée chez ces gens de plus grandes sources de stress, qu’ils voudront gérer en allant magasiner» poursuit, dans un même ordre d’idée, la conseillère budgé- taire à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF), Martine Marleau. Selon ses dires, leurs dépenses en temps d’austérité se trouvent être plus abondantes sur leur carte de cré- dit, augmentant ainsi considérablement leurs dettes.

«L’achat compulsif est un problème de société, constate Martine Marleau. On n’a perdu la notion d’épargne.» En ce sens, Luisa Cameli comprend que l’omniprésence de la publicité et l’achat en ligne déconnectent le consommateur de la réalité et sont lourds de conséquences. Elle soutient qu’il est difficile aujourd’hui de résister à la tentation de dépenser. Dans un contexte où les Qué- bécois doivent se restreindre financièrement et où ils doivent payer plus cher pour obtenir des services publics, les acheteurs compulsifs risquent de voir leur situation s’aggraver.

Acheter pour se sentir mieux

Les acheteurs compulsifs ne se plient pas aux contraintes budgétaires comme celle de l’austérité, selon Luisa Cameli. Elle distingue un acheteur compulsif d’un consommateur ordinaire par son besoin de consommer pour gérer son stress, augmenter son estime personnelle ou se sentir moins seul. Chez un patient, elle reconnaît le problème par une importance trop grande accordée au magasinage au détriment des autres activités dans sa vie. «Après ses achats, un acheteur compulsif va être rongé par des sentiments de honte et de culpabilité. Il aura aussi tendance à faire de l’évitement et à mentir à son entourage», informe Dr. Cameli.

Joel Knippenbergg, 21 ans, se considère, par moment, acheteur compulsif. Il sent le besoin d’acheter particulièrement pour meubler son nouvel appartement. «Une fois je suis allé au Ikea et j’ai dépensé pour 1000$, je me sentais un peu coupable après», avoue-t-il. Il se dit, toutefois, en contrôle de ce problème étant donné qu’il épargne présentement pour payer ces études qu’il considère assez dispendieuses. «Ça fait deux mois que je ne dépense presque pas. C’est un exploit! », dit-il fièrement. «Je suis  »bordeline »», reconnaît Joel. Je sais que je serais capable d’être un acheteur compulsif, mais je sais aussi quand me contrôler», avoue-t-il.

Leave a reply

required

required

optional