À la recherche du temps perdu

mercredi 1 avril 2015 9:45

Crédit : Nina Warnock-Marceau

 

Vinyles, dactylos, et clins d’œil rétro. L’engouement pour les tailles hautes, les vélos et le rouge à lèvres à la Monroe revient à la vitesse grand V chez les jeunes générations.

Par Nina Warnock-Marceau

Le vieillot revient au galop et la génération Y l’accueille à bras ouverts. La culture populaire bombarde cette génération d’images du passé. Tandis que le iPhone 6 est le dernier cri, certains précurseurs de la mode économisent pour s’acheter une bonne vieille table tournante. Plusieurs décrivent ce retour vers le passé comme un pied-de-nez au progrès, d’autres comme un élan de nostalgie et d’autres se questionnent à savoir si c’est le mal d’une génération.

Selon la professeure à l’École supérieure de mode, Marie-Eve Faust, le retour du «vintage» n’est pas une mode. Il s’agit plutôt d’un mouvement où l’on prend conscience collectivement des erreurs commises par les générations précédentes et que l’on tend la main vers une simplicité volontaire. Selon Marie-Eve Faust, ce mouvement fait appel à la culture renaissante qu’est le «beausage», assemblage des mots anglais «beauty» et «usage». Ce terme peut être utilisé pour décrire ce que nous appelons plus souvent qu’autrement «vintage». «La matière est belle, l’item est beau, mais ce n’est pas nécessairement un item mode», précise la professeure, en faisant référence à la réutilisation d’objets désuets qui ont conservé leur beauté à travers le temps. Tel que le vieux vélo de papa ou la veste en cuir dénichée dans la garde-robe de maman. Cette vague de récupération n’entraîne toutefois pas uniquement un style d’enfer, mais également une baisse généralisée de consommation et par le fait même de production. Il s’agit alors d’un phénomène de «reshoring», selon Marie-Eve Faust. Ce retour à la production industrielle locale et l’autosuffisance nationale commence par l’entremise de pots Mason, légumes du jardin, et expansion d’entreprises locales.

Un phénomène aussi sensoriel que commercial

Réputé comme étant la capitale «hipster» de la métropole, on peut trouver sur le Plateau Mont-Royal autant des boutiques d’antiquités que des magasins de musique spécialisés dans le vintage, comme Aux 33 tours. Selon le propriétaire et fondateur de la boutique, Pierre Markotanyos, le mouvement ne fait que prendre de l’ampleur. «C’est sur que lorsqu’on a ouvert il y a 7 ans, ce n’était pas comme ca», raconte-t-il. L’engouement pour le vintage des «néo-pin-ups» et des «lumbersexuals» (ces jeunes hommes arborant la barbe taillée et la chemise à carreaux) n’a fait que s’accentuer. «La mode c’est simplement le retour à quelque chose de tangible d’un point de vue musical», explique Pierre Markotanyos. Le vinyle, selon lui, est à la fois un rituel, un rassembleur et une œuvre d’art. Les gens retournent donc aux classiques pour vivre une expérience qui est inexistante avec l’intangible et l’éphémère numérique.

Cette passion pour le passé s’explique à travers la quête de l’expérience. Ses adeptes cherchent à vivre et à expérimenter ce qu’il y avait avant eux et ce que les avancées technologiques ne leur ont pas permis d’essayer. Tout avoir : le beau et le bon, la table tournante et le Macbook. Le meilleur des deux mondes, et pour une fois, c’est possible.

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