Les méthodes d’amélioration de l’intelligence : La fontaine de jouvence à l’ère des neurosciences

jeudi 12 novembre 2015 1:58

Les conséquences du vieillissement du cerveau humain sont inévitables. Les recherches scientifiques sur le sujet sont de plus en plus communes. Inspiré par ces travaux, un marché lucratif du « brain fitness » – estimé à plusieurs milliards de dollars –  connaît depuis quelques années une explosion sur le Net.

Par Marie-Hélène Hétu

Le biohacking est le «piratage» de sa biologie à l’aide de suppléments alimentaires, drogues intelligentes et autres machines électroniques pour améliorer ses capacités. Des sites web consacrés à ce sujet proposent des comprimés et des dispositifs de stimulation électrique du cerveau qui augmenteraient vraisemblablement les capacités cognitives pour des sommes allant de trente-cinq à plusieurs centaines de dollars. Les blogueurs experts recommandent aussi de passer plusieurs heures par jour à s’exercer avec des jeux de mémoire et de logique développés par des compagnies spécialisées.

Dans un article du Guardian, on évaluait en 2014 à environ un milliard de dollars américains la valeur de cette industrie. Un an plus tard, Sharpbrains, un site qui s’intéresse à la santé et à l’application des sciences cognitives, estimait à deux milliards de dollars américains la valeur de tous les brevets touchant à la neurotechnologie aux États-Unis. D’ici 2020, avec le vieillissement de la population, ce marché devrait valoir entre quatre et huit milliards de dollars selon un texte du National Post.

Le cerveau hygiénique

L’intelligence est extrêmement difficile à définir. Chaque découverte en neuroscience amène de nouvelles connaissances et les interprétations évoluent en conséquence. Steve Fowkes administre Project Well Being, un site qui instruit ses lecteurs sur les façons d’améliorer leur vie par le biohacking. « C’est un sujet qui peut facilement être mal compris si on s’intéresse seulement à évaluer l’intelligence, et pas la mémoire, la sexualité, la dépression, la motivation, le sommeil et le bien-être, » avertit le bachelier en chimie organique du Reed College .

C’est une opinion que partagent certains chercheurs qui se consacrent à l’étude du cerveau, notamment Lesley Fellows, neurologue à l’Institut et hôpital neurologique de Montréal. « Il y a plusieurs choses à améliorer dans notre mode de vie comme le manque de sommeil et la consommation excessive d’alcool, de drogues, de cigarettes et le stress, soutient-elle. Ce sont toutes des choses qui ont un impact profond sur la façon dont fonctionne le cerveau.» La neurologue rappelle que maintenir une bonne hygiène de vie est le meilleur moyen d’optimiser sa performance.

Le chercheur en neurologie et en neurochirurgie à l’Institut de recherche du centre universitaire de santé McGill, Jesper Sjöström, prescrit quant à lui une bonne dose de scepticisme face au phénomène. « Personnellement, je n’essaierais jamais un traitement acheté sur internet sans consulter un professionnel de la santé, » affirme-t-il.

Il est tout aussi critique envers les suppléments alimentaires. « Les médicaments les plus étudiés peuvent avoir des effets secondaires dont on apprend l’existence des années plus tard, mentionne-t-il. Les suppléments naturels sont en soi peu étudiés puisque dès qu’un effet médical est observé, on trouve l’agent efficace, on l’extrait et, soudainement, il ne s’agit plus d’un produit naturel. »

« Le cerveau est divisé en sections et chaque partie a une fonction différente,» explique Lesley Fellows. Selon elle, la stimulation électrique représente un outil de recherche prometteur, mais ne constitue pas une façon de décupler l’intelligence. Les principales études réalisées sur le cerveau humain traitent de cerveaux malades, souffrant de l’Alzeihmer, d’infection du VIH, de démence ou d’accidents cardio-vasculaires. Pour cette raison, les effets des méthodes d’amélioration de l’intelligence sur un cerveau en santé sont difficiles à quantifier. « Les recherches n’ont pas démontré que [l’utilisation de courants électriques] était efficace, » souligne-t-elle. Elle ajoute que ce serait très peu probable. Quant aux jeux, elle concède qu’ils peuvent change le cerveau, mais que les études ne tendent pas à prouver une généralisation des bénéfices.

Le consensus de la communauté médicale est que ces méthodes ne sont pas aussi efficaces qu’on le prétend et même dangereuses sans supervision. Cela n’a pas empêché les blogues et les magasins virtuels de se multiplier sur la toile. Lesley Fellows, quant à elle, considère que ces « solutions faciles » demandent du temps et de l’argent qui pourraient être mieux investis dans un mode de vie actif, une alimentation saine et un meilleur sommeil quotidien. « En bref, no pain, no gain, » conclut Jesper Sjöström.

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