L’Homme à l’état technologique

mardi 24 novembre 2015 9:40

Par Maude Parent

Les progrès en médecine permettent à l’homme d’avoir une espérance de vie plus élevée alors que les avancées technologiques accroissent ses habiletés physiques ou motrices. On vit dans un monde où la performance est prioritaire et l’humain ne semble pas répondre aux attentes qu’exige l’ère numérique. Alors on l’améliore, on le façonne, on le sculpte pour l’adapter. L’humain est un être malléable.

L’avènement des nouvelles technologies ouvre une porte. L’humain, dans toute son intelligence, se dit «c’est formidable, on va pouvoir éliminer nos faiblesses». Ensuite, il pense qu’il est un génie, qu’il va refaire le monde. Les exemples abondent et le progrès de la science continue de décupler les capacités humaines. Des prothèses mécaniques permettent à des amputés de retrouver l’usage d’un membre tandis que des lunettes bioniques redonnent la vue à des aveugles et que la médecine peut éliminer les risques de transmission de maladies génétiques.

L’humain serait alors fier de voir naître le monde sans faille qu’il aurait créé. Il appellerait cela l’évolution. Pourtant, à force de vouloir s’améliorer, il déshumaniserait les différences. Les handicaps et les imperfections deviendraient pour lui un signe d’infériorité jugé inacceptable. L’évolution sert de prétexte pour éliminer les plus faibles. L’humain alors n’évoluerait pas; ce serait le déclin de l’être compatissant et charitable que l’on connait. L’homme deviendra à nouveau un loup pour l’homme à l’état technologique.

Mon scepticisme exagère peut-être en imaginant l’humain de demain tellement modifié dans le but de s’améliorer qu’il se serait paré de fils colorés serpentant sur une carcasse métallique miroitante. Avant d’en arriver là, j’ose espérer qu’il aura pris conscience que la technologie a du bon, mais aussi des limites. Une personne ayant perdu l’usage de ses jambes sera très heureuse d’avoir recours à une chaise mécanisée qui lui permettra de se tenir debout. Mais il ne faut pas que l’on commence à voir dans le progrès technique une forme de marginalisation des différences. Il faut plutôt le voir comme un outil. Nous sommes humains, donc imparfaits par définition.

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