L’Empire du Milieu, pays de l’illusion

jeudi 3 décembre 2015 10:29


Camoufler par un remède artistique ses problèmes liés à l’industrialisation, c’est ce que la Chine tente de faire pour véhiculer l’image d’une société parfaite au sein de sa propre communauté. 

Par Maude Petel-Légaré  

Comme stratégie de distraction, le gouvernement chinois peint des zones défrichées et entrepose des sculptures animales sur des terrains infertiles. Cette façon de résoudre esthétiquement les controverses environnementales ne les règle en aucun cas, affirme le professeur à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et spécialiste de la pensée politique chinoise, Ting-Sheng Lin. Selon lui, cette pratique est le fruit d’un héritage historique de l’extrême gauche.

«L’idéologie communiste est optimiste et il faut la présenter de manière positive», ajoute pour sa part le spécialiste du post-soviétisme et également professeur à l’UQAM, Mark-David Mandel. Cette idée d’image joue un rôle important dans les relations entre le gouvernement chinois et les citoyens. «C’est une tranquillité d’esprit, une réparation de l’apparence?qui prouve à la population qu’il y a un processus en cours», réplique Ting-Sheng Lin.

Lu Guang, photographe célèbre pour son exposition Polluted Landscape au World Press Photo 2015, dénonce les problématiques liées à l’industrialisation rapide telles que les «villages cancéreux» chinois où la population est exposée à des taux de cancer plus élevés à cause de la forte pollution. Toutefois, la résistance telle qu’exprimée par Lu Gang n’est pas populaire. Les Chinois sont ancrés dans un paradigme d’insouciance qui est le résultat de l’histoire politique du pays.

Une population insensible 

Sans surprise, la propagande amplifie les bonnes nouvelles et censure les mauvaises. Par contre, «les sujets abordés ne sont pas dictés comme avant, seulement ceux qui sont interdits», nuance Mark-David Mandel.

Ting-Sheng Lin stipule de surcroît que les changements radicaux, qui ont mené la Chine à des phases de transitions rapides, ont désensibilisé la population sur les plans moral et politique. Dans la foulée de l’adoption du système communiste, les traditions ont été effacées pour laisser l’ouvrier devenir patron de la société, selon le spécialiste de la pensée politique chinoise. 30 ans plus tard, la Réforme a ébranlé à nouveau la Chine. «Tout ce qu’ils ont critiqué avant est devenu leur modèle, exprime-t-il. À quoi croire maintenant?» C’est donc dire qu’une inertie morale s’est installée au cœur de la mentalité chinoise.

Solutions esthétiques moins risquées

«À la suite de ces bouleversements, le gouvernement actuel a tendance à ne pas faire si vite les choses», déclare Ting-Sheng Lin. Ralentir la prise de conscience des dangers environnementaux est alors primordial. «La fermeture d’industries engendrerait une perte de centaines de millions d’emplois, et le gouvernement n’est pas prêt à faire face à ce genre de défi», souligne-t-il.

Cependant, les solutions esthétiques n’étouffent pas les revendications chinoises. Un vent de changement est en train de voir le jour, et pourrait de ce fait, contrer l’illusion de la nation parfaite pour faire face aux réels enjeux.

Leave a reply

required

required

optional