Un commerce sadique, mais prolifique

samedi 5 décembre 2015 9:07

Alors qu’il y avait en Chine 28 entreprises fabriquant des équipements de torture en 2008, ce nombre est passé à 130 en 2014, selon un rapport d’Amnesty International. 

 Par Sandrine Gagné-Acoulon 

Ouganda, février 2011. Plusieurs manifestations suivent la réélection du président Musveni pour un quatrième mandat. Cette opposition est violemment réprimée par les autorités gouvernementales, qui utilisent leur tout nouveau matériel antiémeute venu de Chine. Lors de la période préélectorale, la police ougandaise est accusée de graves violations de droits humains. Cela n’empêchera pas la Chine de livrer de façon massive à ce pays d’Afrique de l’Est du gaz poivre, des blindés équipés de canons à eau et des lance-grenades lacrymogènes, juste avant les élections.

La Chine n’est pas l’unique pays à produire du matériel de torture. Les États-Unis et l’Union européenne font de même, mais une réglementation force leurs fabricants à être plus soucieux de la situation politique des pays destinataires. Le rapport conjoint d’Amnesty International et de la Fondation Omega avance que la loi chinoise encadrant l’exportation de ce type d’équipements est plus laxiste, pour ne pas dire inexistante.

Toi & moi

Les compagnies chinoises ont investi dans cette branche pour des raisons bien précises. «ll y a de l’argent à faire dans ce domaine. La demande est en hausse pour faire cesser les manifestations de solidarité et de protestation, notamment depuis le printemps arabe», expose Anne Sainte-Marie, directrice des communications d’Amnesty International Canada francophone.

Ce sont d’ailleurs les Chinois les premières victimes de ce marché. «Le système judiciaire n’est pas indépendant, les exactions restent donc majoritairement impunies», dénonce Anne Sainte-Marie. Selon la professeure de science politique de l’Université de Montréal, Marie-Ève Reny, les cas de torture ou de mauvais traitements sont alors répandus dans les prisons. «L’État à recours à des tiers, comme des gangs locaux, pour punir les acteurs qu’il considère comme menaçants tout en évitant le blâme», indique-t-elle.

Certaines personnes voient la torture comme un moyen d’extorquer aux terroristes des confessions cruciales à la sécurité du pays, une opinion que l’on doit démentir selon la directrice des communications d’Amnesty International. «Il faut briser le mythe que la torture peut être légitime et qu’il peut sauver des vies, soutient-elle. Dans l’immense majorité des cas, la torture n’est pas utilisée pour obtenir des renseignements, mais pour faire mal, pour faire peur et pour faire taire les gens.

Les équipements de torture des entreprises chinoises trouvent preneurs dans les pays voisins, mais aussi dans plusieurs pays d’Afrique. Selon Amnesty International, la compagnie China Xinxing a envoyé à elle seule du matériel de torture dans une quarantaine de pays africains en 2012.

Il n’est pas improbable que la Chine instaure des mesures contre la torture, selon Marie-Ève Reny. «Le gouvernement central le ferait en vue de mieux contrôler les autorités locales, avec qui il entretient une rivalité», conclut-elle.

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