Utopie ou réalité?

mardi 8 décembre 2015 10:56

Le zéro déchet, un mode de vie bien particulier qui remet en question les habitudes de consommation de tous. 

Par Luca Max 

Catherine Legault

En raison des dix milliards de kilos d’ordures jetés chaque jour dans l’environnement, certains ont décidé de transformer radicalement leurs habitudes de consommation en réduisant leur production de détritus qu’ils soient organiques, recyclables ou toxiques. Leur motivation passe par le fait que leur impact négatif sur l’environnement sera grandement allégé.

L’auteure du Blogue de Jule, Julie Gagné, a complètement changé ses habitudes de consommation il y a un an. Elle produit maintenant 86 grammes de déchets par mois, soit l’équivalent d’un pot Masson rempli de quelques sachets de plastique et d’autocollants trouvés sur les fruits et les légumes. C’est après avoir vu une entrevue avec celle que certains surnomment «la dame au zéro déchet», Béa Johnson, que Julie Gagné a décidé de passer à l’action. «Quand j’ai vu la description de l’entrevue “Un bocal de déchets par an pour une famille de 4”, ça m’a tout de suite interpelée, lance-t-elle. J’avais de la difficulté à y croire.»

La blogueuse de 22 ans a commencé à acheter en vrac, à mettre son compost dans le congélateur vu l’absence de système de collecte dans son quartier et à remplacer ses produits d’hygiène féminine par des alternatives réutilisables. Des gestes qui semblent en apparence anodins, mais qui ont une influence sur la production d’ordures d’un individu. Elle est également «végane», ce qui, à son avis, lui simplifie la tâche. «Le plus difficile à trouver en vrac, c’est la viande et les produits laitiers, donc ça me facilite déjà la vie de ne pas en consommer», précise l’auteure.

Mieux consommer, moins emballer

En raison de la quasi-omniprésence du plastique dans les emballages, l’impact environnemental de l’achat de produits emballés est horrifiant, précise une responsable de l’organisme environnemental Les Amies de la Terre du Québec, Estelle Richard. Ce matériau est impossible à retirer des points d’eau, dû à sa dissolution en infimes particules qu’on ne peut pas entièrement filtrer.

Les contraintes d’emballage pour les industries viendraient souvent des consommateurs eux-mêmes, estime le professeur en Sciences de l’environnement à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Nicolas Milot. «Beaucoup d’épiceries vont emballer leurs produits parce que les clients ne veulent pas consommer de fruits ou de légumes abîmés», clarifie-t-il.  Les demandes de la société seraient la cause de ce problème.

Nicolas Milot mentionne par ailleurs que nous sommes présentement dans une société où l’individu ne «contrôle pas toutes les facettes de la production des produits qu’il consomme», ce qui, selon lui, rend la tâche d’autant plus difficile de savoir si des déchets sont produits pour acheminer les biens jusqu’à destination.

Acheter des produits qui ne sont pas biologiques pourrait aussi avoir un effet néfaste sur l’environnement, selon la fondatrice de l’Armoire du Haut, Dominique Dupuis. La biodiversité serait une des plus grandes victimes des pesticides qui mènent plusieurs types d’insectes à l’extinction. Selon la propriétaire de l’école de cuisine végétalienne, cela affecterait beaucoup les écosystèmes, comme le nombre grandissant d’algues nocives qui infestent chaque année de plus en plus de lacs au Québec.

Aux poubelles, le gaspillage

Combattre le gaspillage de nourriture est une des missions des Amies de la Terre du Québec. «Le gaspillage alimentaire forme près de 40% des déchets au Québec, donc seulement en achetant de manière plus intelligente on réduirait déjà grandement la quantité d’ordures», note Estelle Richard.

Toutefois, Nicolas Milot, juge que cela ne représente pas  le seul type de gaspillage.  «Je considère le recyclage comme un déchet, vu la quantité de produits que l’on met dans le bac de récupération et qui finiront tout de même au site d’enfouissement», précise l’enseignant.

Nous produirions un maximum de détritus parce que nous sommes prisonniers d’un système qui fonctionne sur la consommation la plus rapide possible et de la plus grande quantité de produits, croit le docteur en Sciences de l’environnement, Sebastian Weissenberger.

Ce dernier et Nicolas Milot s’entendent pour dire que plusieurs gestes simples sont réalisables afin de réduire sa quantité de déchets. «Il y a certaines habitudes de consommation comme l’achat de bidules en plastique que l’on jette le lendemain et le fast food dans des contenants en plastique ou en styromousse qui pourraient être facilement modifiables», indique le professeur Weissenberger.

Julie Gagné conseille pour sa part de commencer tranquillement la transition vers un mode de vie zéro déchet.  «Ça m’a pris un an pour atteindre cette quantité d’ordures, mais je n’allais pas à l’école et travaillais peu, j’ai eu le temps de m’y consacrer pour arriver à un tel résultat», avertit-elle.

Pour accéder à ce mode de vie, il suffit donc de bien s’organiser et d’avoir la motivation nécessaire pour réaliser ce changement.

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