En route vers les étoiles

samedi 12 décembre 2015 2:27

SpaceX

Les amateurs de la série culte Dans une galaxie près de chez vous pourront bientôt, eux aussi, visiter les confins de l’Univers. Prochaine destination pour les Québécois: l’espace, là où la main du touriste ordinaire n’a jamais mis le pied. 

Par François Breton-Champigny  

Lorsque le fondateur du Cirque du Soleil Guy Laliberté s’est envolé vers l’espace pour la somme astronomique de 25 millions de dollars en 2009, les Québécois étaient loin de se douter que les voyages intergalactiques seraient prochainement accessibles à la population. Plus de six ans après ce périple qui a marqué l’imaginaire de toute la province, les Québécois auront la possibilité de s’envoler à plus de 100 kilomètres de la surface de la Terre, et ce, pour un prix beaucoup plus abordable.

La compagnie UnikTour, une agence de tourisme québécoise spécialisée dans les voyages organisés sur mesure, est sur le point d’offrir des vols suborbitaux aux touristes à la recherche d’une expérience hors du commun. Selon le fondateur de l’entreprise Philippe Bergeron, il existe trois types de touristes spatiaux. «Il y a tout d’abord les gens qui veulent vivre des sensations fortes, explique-t-il. On a ensuite les partisans absolus de Star Trek, des personnes passionnées par l’espace. Finalement, il y a les gens très aisés qui ont déjà fait le tour du monde à plusieurs reprises et qui sont maintenant prêts à dépasser l’ultime frontière.» Pour la somme de 95 000$, l’astronaute en herbe sera propulsé directement du sol en quelques minutes pour atteindre une vitesse dépassant le mur du son.

Il connaîtra par la suite l’apesanteur pendant cinq à six minutes à une hauteur maximale de 103 kilomètres de la Terre. Pour conclure l’expérience qui est d’une durée de 45 minutes, le touriste goûtera à la force G pendant la descente en vol plané.

Pour ses voyages suborbitaux, UnikTour fait affaire avec l’entreprise américaine XCOR, responsable de fournir l’embarcation et le lieu du décollage. Cette société privée, basée dans le désert du Mojave en Californie, a produit la révolutionnaire navette Lynx 2. Ce vaisseau, muni de quatre moteurs à propulsion puissants, est complètement autonome dès les premiers instants du décollage. Cette technologie demeure pour le moins innovatrice puisqu’une navette commerciale est habituellement accompagnée d’un avion porteur, qui lui donne la poussée nécessaire afin de se rendre à la destination souhaitée. D’autres compagnies spécialisées en expéditions spatiales, comme Virgin Galactic, ont d’ailleurs testé par le passé cette technique d’envol. Le résultat s’est avéré peu fructueux. Le SpaceShipTwo de Virgin Galactic a en effet explosé en pleine ascension lors d’un vol-test l’année dernière, tuant du même coup l’un des copilotes et blessant gravement l’autre.

Un pari risqué

«Pour l’instant, je pense que le marché du tourisme spatial n’est pas quelque chose de très tangible, déclare le responsable des relations avec les médias pour le Centre de recherche des astronomes du Québec (CRAQ) Olivier Hernandez. La première lacune de cette industrie est qu’elle touche seulement à un fragment de la population puisque les coûts sont faramineux.» Avec un faible taux de participation en raison des coûts élevés, il estime que cette initiative «peut s’écrouler à tout moment».

En plus des enjeux économiques du projet, le relationniste soulève les graves dangers physiques qu’encourent les participants. «Étant moi-même un amateur de l’espace, je ne suis pas certain que je prendrais autant de risques pour seulement six minutes d’apesanteur, admet Olivier Hernandez. J’attendrais que la technologie soit plus avancée et sécuritaire.» Pour la doctorante en astrophysique et directrice des contenus et de la formation du Cosmodôme de Laval, Marie-Michèle Limoges, les voyages dans l’espace relèvent de l’orgueil humain. «C’est dans la nature de l’homme d’aller conquérir des contrées éloignées, parfois au risque de sa propre vie», fait-elle remarquer.

Néanmoins, ces expéditions suborbitales ne sont que le début d’une grande aventure selon Philippe Bergeron. «À long terme, nous souhaitons installer des stations balnéaires avec des hôtels luxueux et des navettes qui lieraient la Terre aux stations balnéaires, indique le président d’UnikTour. Mais on parle ici d’une bonne centaine d’années avant de voir ces choses arriver.»

De nombreux milliardaires tels que le président d’Amazon, Jeff Bezos, et le fondateur de PayPal, Elon Musk, manifestent leur intérêt pour développer le marché touristique spatial dans les prochaines années. Alors que le premier propose un système de navettes reliant la Terre aux hôtels suborbitaux, le deuxième suggère un système monétaire intergalactique pour les commerces spatiaux. La NASA participe elle-même à l’essor du tourisme spatial à l’heure actuelle.

La société d’État a lancé en septembre dernier un appel d’offres afin de construire deux navettes équipées pour les futurs touristes spatiaux, qui permettraient d’envoyer ceux-ci vers la Station spatiale internationale. L’avenir du tourisme spatial repose donc entre les mains d’ambitieuses entreprises et les possibilités s’annoncent infinies pour quiconque souhaitant embarquer dans l’aventure.

Leave a reply

required

required

optional