Au secours, mon enfant est un génie!

dimanche 13 décembre 2015 7:11

Le haut potentiel intellectuel chez les enfants impressionne, fascine et suscite même parfois une sorte d’admiration qui peut s’avérer importune. Pour ces raisons, il demeure un sujet souvent mal compris ou abordé de manière simpliste. 

Par Charlotte Martinet 

Chaque rentrée scolaire, c’est la mode dans les médias : les journalistes ressortent un sujet sur les enfants exceptionnellement doués. Dans la plupart des cas, deux types de portraits sont dressés: l’enfant génie qui réussit tout et nage dans le bonheur ou l’enfant génie rejeté et en situation d’échec scolaire.

Contrairement aux portraits caricaturaux souvent présentés, il s’avère que la réalité est en fait bien plus nuancée. Un enfant doué ne peut être réduit à un profil précis, car les caractéristiques sont variables d’un enfant à l’autre. Plusieurs termes sont d’ailleurs utilisés pour les nommer. Alors que les Français parlent d’«enfants précoces» ou «surdoués», l’appellation la plus commune au Québec est celle d’«haut potentiel intellectuel» ou, tout simplement, d’«enfants doués».

Si le mot douance existe, c’est grâce à l’ex-professeur de psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Françoys Gagné. Ce dernier la définit comme un terme générique regroupant différentes formes d’aptitudes élevées.

Phil Roeder

Le professeur souligne qu’il faut absolument distinguer la douance intellectuelle du talent. «La douance désigne un potentiel, des habiletés naturelles élevées et le talent est la réalisation de certaines compétences à travers des performances remarquables», explique-t-il. Quelqu’un peut donc être doué sans être talentueux et vice-versa.

Selon la fondatrice de l’association Haut Potentiel Québec et mère d’un enfant intellectuellement doué, Sylvie Regnier, les enfants doués ont en commun leur besoin d’être constamment stimulés intellectuellement. «Si l’on doit retenir une caractéristique chez ces enfants, c’est qu’ils ont des préoccupations intellectuelles qui ne sont pas normalement de leur âge», soutient-elle. À ce sujet, elle donne l’exemple assez évocateur d’un enfant qui, préoccupé par la mort,  a expliqué à sa mère en rentrant de l’école qu’avoir «une vie sédentaire réduisait l’espérance de vie, et que par conséquent, rester assis sur sa chaise à l’école toute la journée n’était pas bon pour lui».

Sylvie Regnier a d’ailleurs créé l’association Haut Potentiel Québec en 2012 pour répondre aux besoins de stimulation intellectuelle des enfants doués et conseiller les parents à ce sujet. Française d’origine, elle s’est étonnée à son arrivée au Québec qu’aucune association consacrée au haut potentiel intellectuel n’existait dans la province.

Même si la douance est de plus en plus connue avec le travail des associations et des chercheurs, elle demeure très peu reconnue. Au Québec, aucun texte législatif n’existe à ce sujet. Seule la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys possède une politique relative aux élèves doués. De plus, il n’existe qu’une seule école primaire publique réservée aux enfants doués, l’école Fernand-Seguin, et qu’un établissement du secondaire avec un programme leur étant réservé, l’école Paul-Gérin-Lajoie-D’outremont.

Le directeur de l’école Fernand-Seguin, Alain Rouillard, estime qu’il est important pour certains enfants doués de trouver une école qui puisse répondre à leurs besoins. Il raconte qu’un parent d’élève l’a même rencontré pour lui confier qu’il avait peur que son enfant décroche et devienne un délinquant. Même si les enfants doués en situation de décrochage scolaire représentent une minorité, le risque demeure réel selon le directeur. «S’ils ne sont pas stimulés, ils peuvent chercher de l’attention d’une autre manière et c’est à ce moment que l’on peut observer des troubles comportementaux», indique-t-il.

Écoles inadéquates

Pour sa part, le professeur Françoys Gagné croit que, même s’ils peuvent s’épanouir autrement qu’à l’école, le système scolaire n’est pas pensé pour eux. «Premièrement, les enseignants ne sont pas formés pour répondre à leurs besoins, explique-t-il. Deuxièmement, ce n’est pas une priorité. La priorité pour les enseignants réguliers, c’est de faire réussir tout le monde. Donc tous leurs efforts vont être dirigés vers les enfants les plus en difficulté.»

C’est pourquoi Françoys Gagné milite depuis plus de trente ans en faveur de la mise sur pied d’établissements spécialisés. Selon lui, rien n’a été fait puisque les syndicats d’enseignement rejettent farouchement toute idée d’élitisme. «Même si théoriquement chaque enfant a le droit de bénéficier d’une éducation favorisant un épanouissement à la hauteur de son potentiel, il y a un monde entre le droit et la priorité, clame-t-il. Pour les syndicats, le moindre dollar qu’on verse dans les programmes d’enrichissement est un dollar de moins pour les enfants en difficulté.»

Selon l’ex-professeur de l’UQAM, il faudra du temps et beaucoup de débats avant que le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) ne se penche réellement sur la question. Françoys Gagné et les associations tels que Haut Potentiel Québec comptent donc sur le dialogue et la forte demande des parents pour faire avancer les choses.

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