La mort mise sur la glace

mardi 15 décembre 2015 3:16

 La cryogénisation ne relève plus d’un scénario de science-fiction. Cette pratique est désormais une réalité qui prend même progressivement sa place au Québec. 

Par Vicky François 

Les pieds en haut, la tête en bas, dans des conteneurs où sont conservés des corps à -196 degrés Celsius. Ce n’est pas de la science-fiction, plusieurs personnes sont préservées dans l’espoir d’être un jour «décongelées» et réanimées.

Plus de 2000 personnes à travers le monde ont d’ailleurs signé un contrat de cryogénisation qui prendra effet au moment d’une mort imminente. En 2015, environ 300 personnes seront cryogénisées sur la planète et attendront dans leur cercueil d’azote liquide.

La cryogénisation constitue ainsi la troisième alternative pour entreposer son corps après l’incinération et l’enterrement. Le directeur de l’institut américain Cryonics, Stéphan Beauregard, déclare que cette science a changé sa perception de la mort. «Ma conjointe et moi serons préservés, j’ai peut-être une chance de la revoir, confie le dirigeant de l’entreprise spécialisée dans la cryogénisation. Ça donne espoir à ceux et celles qui aiment beaucoup la vie de retrouver les personnes qu’ils ont déjà aimées.»

Maude Parent

La cryogénisation offre la chance aux clients de l’institut américain d’avoir quelques années de plus, s’ils sont effectivement réanimés, pour la modique somme de 28 000$. Pour les Québécois, le complexe funéraire Magnus Poirier, récent partenaire de Cryonics, leur demande un léger supplément de 3000$ à 5000$ pour couvrir les frais de transport de leur corps jusqu’à l’institut. «Notre partenariat répond à un besoin des Québécois en attendant que de telles installations prennent forme dans notre province », explique le vice-président des ventes et du service à la clientèle chez Magnus Poirier, Patrice Chavegros. Il n’est pas en mesure de donner des chiffres exactes, mais soutient qu’il y a effectivement une demande au Québec.

Depuis qu’il est directeur de l’institut Cryonics, Stéphan Beauregard incite les nouveaux signataires à préparer leur deuxième vie en emmagasinant des souvenirs. «Quand j’ai un peu de temps, je travaille sur mon futur et je mets des photos et des artistes que j’aime sur des clés USB pour pouvoir intéresser les scientifiques qui vont vouloir travailler sur mon cas, explique-t-il. J’invite les gens à faire de même pour stimuler le cerveau et réanimer les personnes plus facilement quand le moment viendra.»

Percer le mystère

Selon le chercheur du Howard Hughes Medical Institute en Virginie, Ken Hayworth, la réanimation pourrait commencer à se faire d’ici une cinquantaine d’années. S’ils parviennent à réanimer quelqu’un, les spécialistes ne peuvent pas garantir dans quelles conditions la personne va se réveiller. «J’ai peur qu’on puisse revenir à la vie et qu’on se retrouve derrière une vitrine avec plein de monde qui vient regarder, comme dans un parc d’attractions», déclare Stéphan Beauregard.

Un autre institut américain de cryogénisation, Alcor, propose de congeler uniquement la tête de la personne décédée. Pour l’institut Cryonics, le cerveau et le corps sont liés par des apprentissages communs et les séparer augmenterait les risques d’échec de la réanimation.

Leave a reply

required

required

optional