Tassez-vous de d’là, Hochelaga

dimanche 13 novembre 2011 1:00

Par Elizabeth Forget-Le François

«Un trip de promoteurs», voici ce qui qualifie le phénomène d’embourgeoisement dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, selon Jonathan Aspireault-Massé, coordonnateur du Comité de base pour l’action et l’information sur le logement social (BAILS). Armés de leurs vestons et cravates, des hommes d’affaires ont entrepris de changer l’image du quartier, ce qui a suscité de vives réactions au cœur de l’informellement dénommé quartier HoMa.

L’embourgeoisement, connu également sous le nom de gentrification, consiste en l’arrivée de gens d’une classe sociale privilégiée au sein d’arrondissements défavorisés. Les observations des gens du quartier témoignent de ce phénomène qui sème la controverse dans ce secteur de Montréal depuis plusieurs années. «J’ai vu les condos se développer près de chez moi. Sur la rue Jeanne d’Arc, ils monopolisent au moins deux coins de rue», s’exclame Isabelle Lambert, résidante dans Hochelaga. Des promoteurs voulant renommer le quartier par le diminutif HoMa ont dû renoncer à changer son nom face au mécontentement des résidents. «L’effacer, c’est effacer son histoire», tranche Minerva Gutierrez, membre du comité de coordination de Québec solidaire à Hochelaga-Maisonneuve.

«La préoccupation dans le quartier est qu’on ne veut pas de condos, mais des logements sociaux», plaide Mme Gutierrez. Le Front d’action populaire en réaménagement urbain partage son avis. Il réclame 50 000 nouveaux logements sociaux en cinq ans, dont 900 dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, où le besoin urgent devient criant. M. Aspireault-Massé blâme le gouvernement du Québec qui n’offre que 2 000 logements sociaux en 2011-2012. «Je n’ai guère d’estime pour les promoteurs qui monopolisent le territoire d’Hochelaga-Maisonneuve en construisant leurs condominiums sur des terrains vacants où dans d’anciens bâtiments».

Les démunis se heurtent à l’impasse. «Lorsqu’un quartier ouvrier devient branché, les prix des loyers augmentent», explique Mme Gutierrez. M. Aspireault-Massé, quant à lui, affirme que les résidents «pris à la gorge» ne quittent pas forcément leur demeure. Les conséquences se perçoivent davantage à la fin du mois. «Certains n’ont plus d’argent pour se nourrir», enchaîne le coordonnateur du Comité BAILS.

«Montréal au complet se gentrifie», déplore M. Aspireault-Massé. Loin d’être le quartier pauvre des années 60 décrit par Michel Tremblay, le Plateau-Mont-Royal est maintenant reconnu pour son caractère jeune et branché, mais coûteux. Suivant la cadence, le quartier Rosemont-La Petite-Patrie transforme un ancien squat en 250 unités de condos. «Ce qui rendait la chose choquante dans le Plateau, c’est l’exode de population à faible revenu. Ici ce n’est pas le cas. Tu ne peux pas trouver moins cher qu’à Hochelaga», ajoute-t-il.

Malgré les oppositions, Paul Lewis, vice-doyen à la recherche de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal, considère qu’il s’agit d’une opportunité pour rendre «des artères commerciales qui ne respirent pas le bonheur plus vivantes». L’arrivée d’une nouvelle population encourage des commerçants à s’établir et à offrir un choix plus varié aux consommateurs. Selon lui, la mixité dans le quartier est un facteur à considérer. «Il n’y a rien de pire  qu’un ghetto de riches ou un ghetto de pauvres». M. Aspireault-Massé se fait beaucoup plus tranchant. «Arrêtez de nous faire chier avec la mixité sociale dans les quartiers pauvres. Il n’y en a presque pas dans les quartiers de riches!»

Crédit photo : Raphaëlle Bonin

Leave a reply

required

required

optional