Dopé à durée indéterminée

mardi 5 janvier 2016 3:56

Une étude montre que les stéroïdes auraient un effet à long terme sur les athlètes de haut niveau.  

Par Laetitia Rattier 

Une équipe de chercheurs norvégiens aurait démontré l’existence d’une «mémoire musculaire» chez des souris dopées à la testostérone, qui permettrait la restauration de la masse musculaire jusqu’à trois mois après l’arrêt du traitement, soit une décennie à l’échelle d’une vie humaine.

En 2006, l’athlète américain Justin Gatlin est suspendu quatre ans après avoir été contrôlé positif à un test de dopage. Il échappe de peu à la suspension définitive et écope de quatre ans seulement. De retour sur les pistes en 2010, il affiche pourtant des résultats toujours aussi rapides.

La professeure  de l’Institut National de Recherche Scientifique de Laval et spécialiste en dopage Christiane Ayotte, précise le fonctionnement des stéroïdes sur le corps.

Un stéroïde est une structure chimique se divisant en différentes sortes : oestrogène, testostérone ou encore corticostéroïde. Les anabolisants androgènes sont pour leur part des substances comme la testostérone qui se convertissent en dihydrotestostérone (DHT).

Michael Coghlan

Ces substances se fixent aux récepteurs pour stimuler la puberté des jeunes hommes, notamment le développement musculaire, lorsque la testostérone est sécrétée par le corps. «C’est ce rôle d’anabolisant qui est recherché», indique la professeure.

Christiane Ayotte explique que le cas de Justin Gatlin peut se justifier, non pas par le fait que les muscles aient «gardé en mémoire la trace du stéroïde», mais par le développement de ses muscles qui n’ont pas changé entre temps. Elle précise que l’athlète a été contrôlé positif à de la DHEA, un stéroïde mineur qui n’a pas réellement d’effet sur un sportif de haut niveau.

Toujours plus fort, toujours plus loin!

Il est bien connu que l’Homme a toujours eu l’esprit de compétition. «La professionnalisation du sport, interdite à la base, pousse les sportifs à être les plus forts», explique la professeure titulaire du département de kinésiologie de l’Université de Montréal et spécialisé en sociologie sportive, Suzanne Laberge.

L’amélioration des capacités est en effet de la première raison pour laquelle ils se droguent. «La médicalisation de la société incite les gens à prendre des médicaments pour tout et n’importe quoi, donnant presque qu’une allure banale aux stéroïdes», dénonce la titulaire d’un doctorat en anthropologie.

Elle souligne que l’enrichissement des connaissances en recherche et développement ainsi que la mondialisation, qui facilite l’accès aux stéroïdes, sont des facteurs primordiaux au développement de laboratoires clandestins, en avance sur les laboratoires traditionnels. «Ces laboratoires clandestins développent des stéroïdes de plus en plus performants et indétectables par les tests traditionnels anti-dopage», précise Suzanne Laberge.

Cependant, bien que s’appuyant sur de réelles observations au niveau cellulaire, la mémoire musculaire avancée par l’étude norvégienne n’a été relevée que sur des souris, et comme le dit Justin Gatlin pour se défendre : «les souris et les hommes, ce n’est pas pareil.». Les tests restent ainsi à être validés sur l’être humain.

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