Féminisme 2.0, elles likent!

jeudi 21 janvier 2016 4:18

Plusieurs mouvements sur les réseaux sociaux sont apparus ces dernières années, aidant certaines causes féministes à se faire entendre et créant un renouveau du féminisme. 

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Par Gabriel Guénette

Les mouvements féministes cherchent constamment des oreilles pour se faire entendre et sont en quête de reconnaissance devant un public qu’ils aimeraient voir s’élargir, tâche qui est aujourd’hui simplifiée grâce aux réseaux sociaux.

Plusieurs mouvements représentés par les fameux mots-clics ont circulé massivement ces dernières années sur les réseaux sociaux. Ces causes virales parues sur Facebook ou Twitter comme #BeenRapedNeverReported ou #BringBackOurGirl,?ont un objectif particulier et précis?: donner un soutien aux femmes qui ont besoin d’être entendues via les réseaux sociaux.

#BeenRapedNeverReported est un mouvement amorcé par Sue Montgomery, ex-journaliste et candidate du NPD dans Westmount, qui voulait soutenir et pousser les femmes à dénoncer leur agresseur et rompre le silence, ayant elle-même été agressée. #BringBackOurGirl visait plutôt l’Afrique, alors que plus de 270 étudiantes nigériennes ont été enlevées par le groupe Boko Haram. Une cinquantaine d’étudiantes ont réussi à être libérées depuis le début du mouvement, mais près de 230 filles manquent toujours à l’appel.

Partage épidémique

Ces deux mouvements et bien d’autres dénotent les signes du féminisme moderne. D’après la professeure agrégée au département des arts et lettres de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et membre du Réseau québécois en étude féministe (RéQEF), Anne Martine Parent, ces mots-clics sont des exemples de l’avènement du féminisme sur les réseaux sociaux. «Il y a plusieurs femmes qui se sont rendu compte que beaucoup d’autres femmes avaient vécu la même chose qu’elles et cela a libéré la parole chez plusieurs», soutient-elle. Ainsi, les réseaux sociaux ont permis à de nombreuses femmes d’accumuler la grande quantité de courage nécessaire pour dénoncer leur agresseur. Anne Martine Parent tient toutefois à mettre un bémol?: dénoncer ne veut pas dire dévoiler au grand jour. «C’est facile de nommer quelqu’un sans lui accorder de procès et même d’émettre de fausses accusations, explique-t-elle. Il faut rester vigilant avec Internet.»

Selon la conseillère en communication web et médias sociaux ainsi que chargée de cours à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Nadia Seraiocco, depuis les grèves de 2012, cette prise de parole des femmes ne va qu’en augmentant, et ce, pour une raison précise. «Avec les grèves étudiantes, on a vu un regain du sens de la justice en société, affirme-t-elle.?C’est ce qui explique pourquoi il y a beaucoup de filles, comme Aurélie Lanctôt, qui ont émergé depuis ce temps-là, alors qu’il y a plusieurs années, il n’y en avait pas beaucoup qui faisaient des écrits engagés.»

Ces mouvements permettent de traiter de sujets encore tabous. Nadia Seraiocco croit que le pouvoir et les effets d’un mouvement dépendent de sa répercussion dans les médias. «Quand les grands médias en parlent, tu as plus de portée, indique-t-elle. Si en plus, tu as la présence d’une personne d’influence comme Sue Montgomery avec #BeenRapedNeverReported, les gens vont s’associer et ça va ouvrir la porte pour que  leur message passe sur les réseaux sociaux. Même chose avec Justin Trudeau et son égalité homme femme?: il fait passer un message de cette façon.»

Les réseaux sociaux ont aussi ouvert le féminisme aux hommes selon Nadia Seraiocco. «Quand j’étais adolescente, je travaillais avec des groupes féministes et il y avait toujours un ou deux hommes qui nous appuyaient, précise-t-elle. Maintenant, avec les réseaux sociaux, il y a une effet d’entrainement qui fait qu’il y a de plus en plus d‘hommes qui s’intéressent au mouvement. Même que parfois, les filles se disent?‘’Est-ce qu’on peut manifester juste entre filles?’’ Nous sommes rendus là.»

En somme, les réseaux sociaux ont changé le mouvement féministe, mais ce n’est pas une solution miracle. Comme le cas de #BringBackOurGirl, il est difficile ici en Amérique d’agir de manière concrète vu la distance. «Dans ces mouvements-là, on parle de pays où on n’a pas beaucoup d’incidence, pense Nadia Seraiocco. C’est trop loin de nous, c’est hors de notre portée, comparativement à #BeenRapedNeverReported, où on peut faire quelque chose dans notre petit milieu?pour faire avancer les choses.»

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