Utérus artificiels, bénéfices réels

mardi 26 janvier 2016 10:38

Par Dominique Degré

John Burdon Sanderson Haldane, un scientifique britannique, avait prédit en 1924 que d’ici 2074, 70 % des enfants se développeraient entièrement dans des utérus artificiels, ce qu’il a baptisé l’ectogenèse. Ce scénario peut sembler surréaliste, mais la technologie des utérus artificiels s’est développée très rapidement au cours des deux ou trois dernières décennies. Elle est même déjà bien implantée dans bon nombre d’hôpitaux sous la forme de machines qui servent à maintenir les bébés prématurés en vie. Ces instruments qui créent des conditions stables viennent jouer le rôle de l’utérus en garantissant la survie du poupon.

La docteure Helen Liu du collège médical Weill Cornell est allée encore plus loin en réussissant à faire vivre un embryon humain dans un utérus artificiel durant dix jours. Elle a aussi réussi à donner la vie à un souriceau dont toute la gestation s’est faite ex utéro.

Les travaux menés par Helen Liu et les autres chercheurs qui se spécialisent dans ce domaine pourraient mener à une véritable percée par rapport aux droits des femmes. L’avènement des utérus artificiels garantirait que les capacités reproductrices d’une femme ne seraient plus un critère pour déterminer la valeur de celle-ci aux yeux d’une ou d’un partenaire; on ne pourrait plus instrumentaliser la femme en fonction du fait qu’elle peut porter un enfant. Les utérus artificiels libéreraient aussi les femmes du modèle patriarcal de la famille nucléaire traditionnelle puisqu’elles ne seraient plus restreintes dans leurs occupations durant la grossesse.

Celles qui désireraient avoir un enfant n’auraient également plus à compromettre leur corps pour fonder une famille. La santé de l’enfant aussi bénéficierait grandement de l’ectogenèse, car les utérus artificiels protégeraient le fœtus d’une panoplie de facteurs environnementaux qui, en temps normal, pourraient nuire à son développement.

Ce ne sera peut-être pas la majorité des bébés qui verront le jour grâce aux utérus artificiels d’ici 60 ans, mais l’ectogenèse pourrait bien donner naissance à de meilleures conditions pour les femmes.

 

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