À l’ère du cyberféminisme

mardi 2 février 2016 3:47

Dans un monde informatisé majoritairement masculin, le féminisme prend sa place et diffuse de plus en plus ses idées à travers le Web.

Par Léa Martin

Anonymous Account

«We are the Future Cunt» proclamaient les premières cybers féministes aux balbutiements d’internet. Aujourd’hui, cette idée a laissé place à un cyberféminisme multiplateforme, qui a comme mission d’informer les femmes sur les multiples approches de l’idéologie féministe et sur les différentes façons de vivre le féminisme au quotidien.

Originairement, le cyberféminisme est un mouvement née à l’aube de l’Internet et accessible à tous. Ces femmes se servaient d’internet pour partager des idéaux, de l’art et des critiques de la société. Le terme fût amené par une théoricienne anglaise, Sadie Plant, et le collectif artistique australien VNS Matrix, au début des années 90. Le mouvement a également été fortement influencé par le Cyborg manifesto de Donna Haraway, grande penseuse féministe américaine.

Pour les adeptes de ce mouvement, Internet était une façon d’anéantir la division des sexes. Le monde de l’informatique étant principalement masculin à l’époque, des groupes comme VNS Matrix voulaient faire leur place en publiant de l’art explicite et des textes politiques comme A cyber feminist manifesto for the 21st century : «The clitoris is a direct line to the Matrix».

L’auteure, chroniqueuse et blogueuse, Marianne Prairie, est co-fondatrice du blogue Je suis féministe et a participé à des recherches sur le cyberféminisme. «À l’époque, deux tangentes se développaient : celle de l’art très subversif qui tournait autour de l’identité virtuelle […] et celle des groupes communautaires et militants actifs sur le terrain qui avaient leur page web pour informer de leur présence», explique-t-elle.

Le cyberféminisme sur nos écrans

Aujourd’hui, le mouvement cyberféministe des années 90 s’est essoufflé, mais le féminisme est plus présent que jamais sur le Web, entre autres grâce à l’avènement des réseaux sociaux. D’après Marianne Prairie, il y a eu un effet de démocratisation du mouvement féministe sur le Web qui, par le passé, était surtout un mouvement d’intellectuels et d’artistes. Aujourd’hui, les branches communautaires et artistiques du cyberféminisme sont réunies. «Il y a du contenu féministe autant sur Instagram que sur Facebook et Twitter, spécifie-t-elle. Ce qui est intéressant dans la multiplicité des plates-formes, c’est le fait de rejoindre différents publiques.»

La cofondatrice du blogue Ton petit look (TPL), Josiane Stratis, corrobore les propos de Marianne Prairie. «Le combat pour nous réapproprier notre sécurité, notre sexualité et notre vie en général n’est surtout pas fini, déplore-t-elle. Ce sont des combats que l’on peut très bien mener sur Internet avec des sections commentaires par exemple.» Pour elle, Internet permet de propager des idées féministes sur des blogues comme le sien où plusieurs blogueuses encouragent les lectrices à faire leurs propres choix face à leur corps et à leur vie. «Maintenant, le cyberféminisme se trouve un peu partout et permet donc de sensibiliser plus de gens.»

TPL est un blogue de mode qui, par le biais de plusieurs articles, véhicule des idées féministes, alors que Je suis féministe est un blogue qui parle essentiellement de féminisme dans toutes les sphères de la société. Par contre, les deux jeunes femmes expliquent qu’être féministe sur Internet n’est pas toujours facile. Comme le mentionne Josiane Stratis, elle et ses collaboratrices ont fait le choix de ne pas se définir en tant que blogue féministe pour se préserver d’une part de commentaires haineux. «Nous avons préféré ne pas l’écrire, car il y a énormément de réactions négatives sur Internet dès qu’on écrit qu’on est féministe.»

La présence du féminisme sur le Web trouve sa légitimité dans la violence faite aux femmes que l’on peut retrouver sur Internet. Le cyberféminisme a donc comme rôle d’éveiller les esprits sur le féminisme et de le dédiaboliser au sein de notre société.

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