Le syndrome du like

mercredi 3 février 2016 11:05

Par Maude Parent 

Pour la douzième fois de la journée, je ressens le besoin de me divertir avec des images amusantes de bébés chats, des parodies d’Harry Potter ou des vidéos d’inconnus qui «prennent une débarque». Je parcours donc mon fil d’actualité Facebook, amorphe et profondément désintéressée, devant un écran où défilent les beuveries de connaissances, le repas spectaculairement vegan d’une collègue et les publicités de la prochaine saison de La voix.

Mais, d’un geste machinal, je défile quand même.

Et plus je défile, plus mon indifférence devient dégoût et désapprobation. Se succèdent les images réductrices d’une fille qui twerk, d’une autre qui affiche des photos d’elle en plongée sur une généreuse poitrine à moitié découverte pour terminer sur un article intitulé «les 10 trucs utiles pour avoir du succès sur Tinder». Ce type de contenu fourmille sur les réseaux sociaux qui deviennent l’endroit par excellence pour les filles désirant attirer l’attention.  Au diable la pudeur et le respect de soi. Le corps de la femme s’en trouve complètement banalisé. Si certains se rincent l’œil, d’autres font déferler une vague d’insultes sur la photo d’une fille de 15 ans qui semble en avoir 20 dans son décolleté. Les débats qui ont lieu sous ces centaines voire milliers de mentions «j’aime» sont tout aussi déplorables que ce qui s’y trouve au-dessus.

Il y a aussi une pression sociale. Les filles doivent être plus belles sur Facebook que dans la vraie vie. C’est ce qu’on appelle choisir ses priorités. Le message lancé aux femmes, c’est que si tu ne montres pas de peau, tu n’auras pas de mentions «j’aime» et si tu n’as pas de likes, tu n’es pas désirable. Plusieurs y croient et c’est d’un triste ridicule.

Mais quand une personne à qui je n’ai pas adressé la parole depuis 2006 partage un vidéo d’une fille excessivement saoule qui se met à poil dans un bar quelque part à Cuba, je me dis que les limites sont largement dépassées. La population facebookienne n’a pas besoin de voir ça.

J’ai entrepris de supprimer de mes amis Facebook ceux qui partagent des photos ou des vidéos dégradants pour la femme. Moins trois aujourd’hui. Si c’est ce que ça prend pour que je puisse m’émerveiller en paix devant des bébés chats.

 

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