Meurtre sexiste, Argentine laxiste

vendredi 12 février 2016 2:14

À toutes les 31 heures, une femme est victime de féminicide en Argentine, selon l’Organisme non gouvernemental au pays venant en aide aux femmes, la Casa Del Encuentro. Depuis 2008, au-delà de 1800 femmes ont été assassinées avec leur sexe pour seul motif.

Par Océanne De Grandpré

L’Argentine est l’un des quelques pays en Amérique du Sud où la prison à perpétuité est légale. Ce pays est tout de même victime d’un fléau : celui du féminicide qui est le meurtre de femmes en raison de leur sexe. En temps normal, le meurtrier doit écoper de prison à perpétuité, mais les féminicides sont souvent pris à la légère et le meurtrier est libéré après quelque temps d’incarcération.

 «Les féminicides sont vraiment banalisés, clame Catarina, mère d’une fille assassinée. Lorsqu’elle est morte, les policiers m’ont demandé ce qu’elle avait bien pu faire pour énerver son copain, comme si ça justifiait un meurtre.»

Selon Juan Pablo Ruiz avocat spécialisé en droit humain en Argentine, la première étape vers la suppression de ce problème est de mettre en place différentes mesures comme le «bouton antipanique» qui servirait à avertir automatiquement les autorités en cas de tentative de féminicide. «La violence de genre implique un problème à caractère culturel très difficile à éradiquer, mais elle est prise en charge comme une politique d’État», estime-t-il.

Tout comme dans quinze autres pays latino-américains, le féminicide est reconnu comme un crime et trois projets de loi sont actuellement discutés afin de reconnaître aux femmes davantage de droits et une plus grande protection. Le bémol est dans l’application de la loi. Il y a par contre des solutions envisagées, notamment l’ouverture de bureaux de violence de la Cour Suprême de Justice dans toutes les provinces d’Argentine, explique Juan Pablo Ruiz. Les bureaux permettraient un accès à la justice avec un soutien juridique gratuit. La création d’un ministère d’égalité des chances et de traitement, donnant aux femmes plus de droits, pourrait également voir le jour afin d’obtenir une aide intégrale.

Selon ce dernier, il faut attaquer ce problème culturel à l’aide de l’éducation et au moyen de la communication. Il faut donc mettre en place un processus afin de donner un pouvoir aux femmes, non seulement dans la divulgation de droits, mais aussi dans l’accès à un travail digne et bien rémunéré. C’est un changement lent, mais qui progresse puisque l’Argentine est le pays le plus avancé dans l’éradication de la violence envers les femmes de toute l’Amérique du Sud selon la Casa Del Encuentro. «Il faudrait mettre en place un processus de dénaturalisation de la violence sexiste, en commençant par le langage, en installant la définition de féminicide, dans les médias et dans la société», souligne Juan Pablo Ruiz.

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