Parité islandaise: rien n’est parfait

jeudi 11 février 2016 12:53

L’Islande est classée championne depuis déjà 10 ans en ce qui concerne la parité homme femme, selon le Forum économique mondial (FEM). Le mouvement féministe et la pensée égalitaire enseignée dans le système d’éducation sont à la base de cette égalité des sexes.

Par Jessica Charbonneau-Vaudeville

En Islande, l’égalité homme femme est d’une importance telle qu’elle est inscrite dans le code de lois ainsi que dans les règlements municipaux, des écoles et des sports. On élève aussi les enfants dans l’idée qu’une femme peut faire tout ce qu’elle souhaite. «Les valeurs égalitaires sont bien inscrites et prônées dans le mode de vie des Islandais, explique Patricia Côté, une québécoise ayant étudié en Islande. Ils sont fiers d’être reconnus comme étant le pays numéro un de la parité homme/femme. L’ouverture d’esprit et les valeurs égalitaires sont valorisées, de sorte qu’il est très mal vu d’avoir des commentaires sexistes, homophobes ou racistes. Les domaines pédagogiques sont également souvent abordés d’un angle féministe.»

Pas égaux sur tout.

Jonathan Bernier

Le gouvernement islandais se place maintenant dans une politique de quotas pour garantir une plus grande égalité au sein des entreprises. Cependant, un écart persiste toujours en matière d’équité salariale au sein d’entreprises du pays. En effet, les hommes sont en moyenne payés 13 à 16,3 % de plus que les femmes, à compétences égales. «C’est un problème systémique, structurel», précise la professeure en sociologie et directrice du Réseau québécois en études féministes à l’UQAM, Francine Descarries. Elle avance également que cette disparité a très souvent eu un effet pervers sur la façon dont le marché du travail est habité.

Depuis 2008, le gouvernement islandais a multiplié les décisions pour défendre le droit des femmes, de sorte qu’en mars 2010, le pays a modifié sa loi concernant les restaurants, les hôtels et les lieux de divertissement. Ainsi, tout commerce impliquant une quelconque forme de nudité de la part de ses employés est désormais interdite. Par conséquent, la prostitution est prohibée et tous les bars de striptease ont fermé leurs portes.

Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la présence des femmes au sein du marché du travail s’est vue complètement modifiée. L’Islande compte aujourd’hui 82% de sa population féminine sur le marché du travail, dont 43% occupe des postes à l’Assemblée nationale, selon les données recueillies par le quotidien Le Monde. C’est depuis les années 1980 que de nombreuses féministes occupent des postes de pouvoir, dont celles de mairesses, de directrices ou encore d’évêques.

De nombreuses études démontrent de surcroit que la très grande majorité des hommes est favorable à l’égalité des sexes. Ces derniers ont davantage de congés parentaux, soit trois mois de plus qu’au Québec, et par le fait même plus de temps pour s’occuper des enfants. «Maintenant [,en Islande], vous pouvez voir plus d’hommes au foyer qui reprennent les enfants du jardin d’enfants, et plusieurs d’entre eux cuisinent et font du ménage, énonce l’étudiante universitaire islandaise, Hafdis Davidsdottir Disa. Je pense qu’il façonne l’environnement familial.»

L’inégalité entre les femmes et les hommes est un principe qui a longtemps été gouverné par les cultures, les politiques, les religions, explique Francine Descarries. Donc, la population et son éducation sont aujourd’hui construites dans l’acceptation de cette inégalité. «Foncièrement, dans plusieurs pays, au niveau de la justice, une femme vaut moins qu’un homme, même en termes de compensation économique», explique-t-elle. L’Association pour le droit des femmes en Islande travaille d’ailleurs actuellement avec le gouvernement et les syndicats pour élaborer une nouvelle «certification» qui permettra de connaître les entreprises qui offrent un salaire égal pour un travail égal. «Il y a encore des choses injustes sur le marché de l’emploi. Dans certaines régions, les hommes sont toujours payés plus que les femmes pour le même travail, ajoute la sociologue. Oui, l’égalité de rémunération est bien meilleure qu’elle ne l’était, mais dans certains endroits, il y a encore quelques différences.»

Outre quelques inégalités, l’Islande est beaucoup plus ouverte sur le plan des différences que bien d’autres pays. «Disons que tu te sens moins jugé en Islande. Ça n’importe pas la façon dont tu t’habilles, la classe sociale à laquelle tu appartiens, le pays d’où tu viens, ton genre ou ton orientation sexuelle», affirme Patricia Côté. «La société est devenue de plus en plus ouverte à des discussions sur les différences et elle s’en réjouit, conclut pour sa part Hafdis Davidsdottir Disa Les gens ont trouvé le courage de partager leurs histoires.»

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