Marionnettes quidam au pouvoir

vendredi 12 février 2016 2:48


Au parlement rwandais, 64% des sièges sont détenus par des femmes. Des chiffres tributaires d’un renouveau politique certain, mais surtout d’un faux-semblant alors que le pouvoir continu de s’accorder au masculin.

Par Isabelle Grignon-Francke

Le Rwanda panse ses blessures. C’est le génocide ethnique survenu entre avril et juillet 1994 qui a fait connaître ce pays au monde entier. En rupture avec un passé violent, le petit  État surprend. Le classement mondial de l’Union Interparlementaire de 2015 confirme un gain féminin important, les dames possèdent 51 des 80 sièges de la chambre basse.

Après la période de guerre ethnique, le Rwanda a vécu une transition politique lente. En 2003 le pays s’est doté d’une nouvelle constitution. Comme l’explique la professeure à l’Université Colgate et membre de plusieurs comités de travail de l’ONU sur les droits de l’homme au Rwanda, Susan Thompson, la constitution a permis au gouvernement d’allouer plus de sièges aux femmes. Un minimum de 24 sièges leur est depuis ce temps réservé, soit environ 30%.

Malgré des efforts considérables dans le cadre politique fixé, le Rwanda est loin d’être aussi démocratique que sur papier. «Les pouvoirs politiques sont dans les mains d’un petit groupe, précise Susan Thompson Il y a beaucoup de femmes au Parlement, mais elles n’ont pas de pouvoir pour influencer les lois ou les décisions politiques qui affecteront leur circonscription.» Selon elle, le cadre démocratique dans lequel évoluent les femmes est encore très fragile. Le pouvoir s’opère de façon oligarchique alors qu’un groupuscule gère une majorité de façon pyramidale, et cette petite cellule est masculine.

Dans le pays d’Afrique centrale, la voie proposée aux femmes pour atteindre un certain pouvoir est unique : l’adhésion et le militantisme auprès du parti aux commandes. «Ce sont seulement les femmes s’étant démarquées dans l’ascension du Front patriotique rwandais (FPR), jusqu’au pouvoir, qui ont aujourd’hui un poste», relate le professeur en politique et droit et spécialiste du Rwanda, Filip Reyntjens.

Le patriarcat côtoie l’autoritarisme

Au Rwanda, les protestations ne sont pas autorisées, tel que le rapporte la spécialiste en guerre et conflits, Susan Thompson. «Les conséquences de la prise de parole et de la critique sont très risquées, vous pouvez mourir, disparaître, perdre l’accès aux soins médicaux ou aux frais de scolarité». Bref, le Rwanda est un régime démocratique de façade qui génère des comportements très autoritaires à l’interne. Cette coercition politique occasionne plusieurs embûches pour les femmes qui réclament un accès au pouvoir.

Malgré une démocratie encore chancelante, les pierres d’assises d’un système représentatif sont en place. Du côté de l’UNICEF, les observations semblent positives : l’éducation des filles tend à devenir une priorité. Les prochaines années seront donc décisives pour l’installation d’un véritable jeu démocratique égalitaire.

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