Les hommes qui aiment (trop) les femmes.

jeudi 25 février 2016 11:31

 

Par Jean-Philippe Guilbault

Six campus universitaires québécois seront scrutés par une équipe interdisciplinaire de chercheuses afin de dresser un portrait de la violence à caractère sexuelle dans un milieu que l’on pourrait pourtant croire «ouvert». Or, les histoires vécues à l’UQAM depuis plusieurs années laissent présager que même auprès de personnes sensibilisées au sexisme, les écarts de conduites sont possibles et mêmes documentés. «Localement», le stickergate de 2014 ne visait-il pas précisément des professeurs de l’UQAM? Aux États-Unis et ailleurs au Canada, plusieurs enquêtes nous rappellent que le harcèlement et surtout la culture du silence sont en hausse sur les campus, même les plus réputés comme ceux de la Penn State University, la Yale University ou celui de Harvard.

Ne soyons pas dupes, ce sexisme est malheureusement bien ancré dans nos comportements sociaux?: dans notre vie personnelle et à titre d’universitaires. Rappelons les chansons grossières entendues lors des fameuses initiations, les discussions de groupes où les collègues masculins parlent souvent plus fort et plus longtemps ou, plus globalement, les femmes sont encore plus diplômées, mais souffrent d’un salaire moindre et d’une discrimination sur le marché du travail.

Le milieu universitaire n’est donc pas blanc comme neige. Il abrite pourtant bon nombre d’hommes pro-féministes qui, comme le souligne Francis Dupuis-Déri, professeur au département d’études féministes de l’UQAM, sont tout autant enclins à adopter des comportements condamnables. Le cas typique de la manifestation française pro-avortement de 1971 où la plupart des hommes s’était placée au-devant, cachant les femmes, sert souvent d’exemple pour les dérapages de ces hommes voulant (trop) sauver les femmes. Il est facile de braquer le projecteur sur les victimes, d’affirmer qu’elles doivent trouver la solution à leur problème. Effectivement, cette lutte est la leur et nous n’avons surtout pas à gérer quoique ce soit dans leur stratégie d’émancipation. Toutefois, une bonne part du climat malsain régnant entre les hommes et les femmes – dans le milieu universitaire et ailleurs – est le fruit d’un confort que certains trouvent dans des habitudes construites depuis toujours. À cet effet, un travail d’introspection, d’auto-évaluation, ne ferait pas de mal à personne. Francis Dupuis-Déri nous met sur la piste du disempowerment?: l’homme doit apprendre à céder volontairement sa place, parler moins et mieux quand ce n’est pas de se taire et comprendre.

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