L’affaire d’une injection

mardi 1 mars 2016 1:09

L’affaire d’une injection 

Une vasectomie réversible sans intervention chirurgicale?: le Vasalgel serait-il l’alter ego miraculeux de la pilule contraceptive?

par Alexandre Moranville-Ouellet

Passer sous le bistouri pourrait bientôt être obsolète pour les hommes qui ne souhaitent pas avoir d’enfants grâce à une injection toute simple. Vasalgel, un contraceptif expérimental de la Fondation Parsemus, ne laisse personne indifférent et son apparition sur le marché d’ici 2018 pourrait bouleverser la vision actuelle de la contraception.

Le Vasalgel est un contraceptif non hormonal à longue action sous forme d’un gel polymère. Il agit selon le même principe qu’une vasectomie classique, qui consiste à sectionner, cautériser et coudre le canal déférent, mais à l’aide d’une simple injection. Une fois introduit dans le canal déférent, il empêche le passage des spermatozoïdes dans le sperme. De plus, dans un cas où l’homme utilisateur du produit voudrait recommencer à procréer, une deuxième injection d’une solution de bicarbonate de soude permettrait de rincer le gel hors du canal aussi facilement qu’il y est entré.

C’est le travail du médecin indien Sujoy K Guha et son équipe de l’Institut indien de technologie de Kharagpur qui a inspiré le Vasalgel. Ces derniers ont créé un produit appelé RISUG (Reversible Inhibition of Sperm Under Guidance), qui fut par la suite breveté en Inde, en Chine, au Bangladesh, aux États-Unis et au Canada sans avoir été complété. Après près de 15 ans de test et d’études en Inde, le produit fut racheté par la fondation américaine Parsemus qui a commencé le développement du Vasalgel en 2010.

Vasalgel vs Vasectomie

Selon l’infirmière spécialisée dans les vasectomies, Danielle Chicoine, il est possible que le Vasalgel remplace la vasectomie dans le futur, mais sous certaines conditions. «Comme il s’agit d’une installation non définitive, le patient devra effectuer un test de sperme pour s’assurer que les spermatozoïdes ne traversent pas, beaucoup plus souvent qu’un homme ayant subi l’opération chirurgicale», explique-t-elle. À son avis, la vasectomie amène un sentiment de sécurité beaucoup plus grand, puisque le médecin peut voir la coupure effectuée.

Le produit pourrait cependant être une alternative intéressante pour ceux qui ne se qualifient pas dans les critères de vasectomisation des cliniques privées et publiques. Cela inclut les hommes de moins de 35 ans, n’ayant pas eu d’enfants ou encore n’ayant pas de motifs sérieux de ne pas en vouloir.

Tous ne sont cependant pas du même avis. La pharmacienne d’hôpital et directrice marketing dans l’industrie pharmaceutique, Liette Champagne, pense plutôt que le produit aura de la difficulté à être adopté par les médecins. «La campagne que la compagnie mènera auprès des spécialistes de la santé sera capitale. Ces derniers vont vouloir être certains à 100?% de l’efficacité du produit que tentera de leur vendre Parsemus, et la fondation devra passer plusieurs années encore à perfectionner le Vasalgel.» D’ailleurs, Liette Champagne ne croit pas que l’échéance fixée par Parsemus, qui prévoit une sortie du contraceptif début?2018, sera beaucoup plus longue que prévu. Le groupe qui détient le Vasalgel devra également fusionner ou du moins s’accrocher à une firme plus connue dans le domaine de l’urologie afin de faire voir le jour à son projet, estime la directrice marketing.

Un contrôle illusoire

Si les prouesses techniques du produit restent à prouver, son incidence symbolique est déjà annoncée. Les femmes, porteuses uniques du fardeau de la contraception dans le couple, partageraient désormais ce poids avec leur partenaire mâle. La sociologue de l’Université du Québec à Montréal ayant déjà siégé à la Commission royale sur les technologies de reproduction, Louise Vandelac, apporte un bémol à la situation?: est-ce bien là le véritable problème?

Les technologies de contraception masculines existent depuis bien longtemps, avec la culotte chauffante du début des années 80 par exemple. Ce n’est donc pas nouveau de rechercher un moyen d’inhiber la spermatogénèse tout comme on limite l’ovogenèse chez la femme. Or, dans cette spermatogénèse que l’on tente de limiter par des moyens comme le Vasalgel, on observe une baisse d’environ 1 à 3?% dans sa qualité et sa quantité chez les hommes d’Amérique du Nord et d’Europe depuis quelques années, une situation alarmante puisque cela rime avec une baisse de la fertilité.

«La contraception n’est pas la clé de tout!?explique Mme?Vandelac.?Les gens ont une prétention de maitrise de la conception/non-conception comme s’il s’agissait d’un interrupteur. On croit pouvoir ouvrir et fermer la lumière comme bonne nous le semble, voulant tout programmer d’avance.» Ce genre de produit de contraception a beau sembler faire avancer de près ou de loin la cause des femmes dans cette course à la contraception, mais à force de concourir on finit par y perdre de vue le vrai objectif, ajoute-t-elle. Elle croit également que le Vasalgel ne rendra pas les relations d’un couple plus harmonieuses, tout comme il ne donnera pas le plein contrôle de la conception. «La sexualité humaine est une histoire fabuleuse, très riche et très variée, et il faut cesser de la regarder de façon hyper technique», conclut-elle.

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