Rougir de honte

dimanche 6 mars 2016 3:20

Honte d’avoir ses règles et d’en parler? La société, alimentée par une notion erronée et des dogmes religieux, doit prendre le blâme.

Par Myriam Eddahia

Terry Robinson

Dégoûtée, embarrassée et surtout silencieuse face à ce tabou présent depuis des millénaires, la société actuelle évite de parler des menstruations et les femmes subissent toujours les contrecoups de cette ignorance sociale.

Au Canada, le gouvernement Harper a aboli, depuis le 1er juillet 20115, les taxes fédérale (TPS) et provinciale (TVQ) sur les serviettes hygiéniques, les tampons, les ceintures hygiéniques, les coupelles menstruelles et autres produits similaires. En novembre dernier, le débat sur la «taxe tampon» a fait rage en France. Plusieurs organismes et associations françaises dont Georgette Sand et Osez le féminisme ont exigé que ces produits hygiéniques soient désormais considérées comme étant de première nécessité. Le vendredi 11 décembre 2015, le parlement français est finalement allé de l’avant avec ledit amendement, ayant pour effet de «taxer la femme», estime la professeure au département de psychologie à l’UQAM, Florence Vinit.

Selon elle, le tabou est millénaire puisqu’il est en grande partie religieux. Les grandes religions monothéistes écartent les femmes de tout contact avec le sacré puisqu’elles les jugent impures lors des règles. Par exemple, la femme musulmane ne peut pas prier lors de ses menstruations. «Le dégoût du corps interne et des liquides corporelles qui en sortent, comme le sang des règles illustre le rejet et le désir d’éviter les « débordements » du corps humain», soulignent pour leur part deux des trois jeunes femmes membres des Panthères rouges, un collectif artistique féministe montréalais.

 «Conception erronée»

Au Japon, le cycle menstruel est considéré comme un «dérèglement» de l’état de la femme. Depuis 1947, toute femme souffrant de douleurs menstruelles peut s’absenter de son emploi grâce au congé menstruel appelé «seirikyuuka». Ses défenseurs y voient un symbole de l’émancipation des femmes et ses détracteurs, une régression renforçant le préjugé selon lequel la femme est faible et soumise à sa condition.

Les publicités non représentatives de la réalité des femmes ayant leurs règles ont également une part de responsabilité dans la conception erronée qu’a la société sur les menstruations et comment elles devraient être vécues, selon Florence Vinit. «Le discours social publicitaire selon lequel nous sommes libres quand nous avons nos règles est faux, indique-t-elle. Elles montrent souvent des femmes actives et sportives tandis que la réalité du cycle n’est pas souvent la même.»

Les Panthères rouges travaillent à conscientiser la population québécoise et à normaliser les menstruations par le partage de poèmes qui illustrent notamment les enjeux reliés aux femmes. Par exemple, le groupe a invité toute femme à suspendre, sur une corde à linge, ses dessous tâchés de sang menstruel. D’après le collectif féministe, il faut briser cette conception sociale selon laquelle la femme doit être constamment désirable. Tous devraient éviter de rougir de honte.

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