Dames de platine: l’émergence des femmes DJ

lundi 14 mars 2016 1:13

Alors que les femmes semblent tarder à se tailler une place dans le milieu de la musique électronique, une nouvelle génération de DJ montréalaises est prête à changer la donne.

Par Étienne Grignon

Kishjar?

Skrillex, Garrix, Guetta, Harris, Aoki… Lorsqu’on pense aux plus grands DJ de la planète, les premiers noms qui nous viennent en tête ont presque tous ceci en commun: ce sont des hommes. Encore une fois cette année, le réputé DJ Magazine faisait paraître son palmarès des 100 plus grands noms électro au monde, et il faut creuser jusqu’au 24e échelon pour trouver le duo australien Nervo, les premières femmes sur la liste. Krewella et Miss K8 sont les seules autres à figurer sur la liste, respectivement au 81e et 94e rang.

DJ Magazine a questionné les artistes de son palmarès sur le faible nombre de femmes qui font tourner les platines dans le décompte. Les réponses variaient entre «parce qu’il y a simplement moins de filles qui font ce métier» et «parce que c’est plus facile pour un gars d’apporter de l’énergie sur une scène». Pour les deux sœurs qui composent Krewella, la réponse est plus critique: «L’industrie de la musique électronique peut être intimidante pour les femmes, estiment-elles. Si elles sont prêtes à prendre de gros risques, à ne pas avoir peur du ridicule, des doubles standards et des autres revers et troubles, on commencera lentement à voir des femmes faire leur entrée dans le top 100.»

L’audace Montréalaise

La DJ résidente du Circus Afterhour à Montréal, Marycee, n’est pas si convaincue que l’industrie de la musique électronique soit fondamentalement plus difficile pour les femmes. «Ça peut être plus facile parce qu’il n’y a pas beaucoup de femmes, soutient-elle. Ça aide à se démarquer et ça attire les regards». Si elle croit que certains peuvent être jaloux et penser que ses succès sont uniquement liés à son sexe, elle affirme ne jamais avoir eu d’embûches depuis ses débuts en 2014. Elle estime d’ailleurs que la tendance est amenée à changer. «J’ai beaucoup de filles qui viennent voir mes spectacles et me disent que c’est cool ce que je fais et qu’elles aimeraient ça apprendre le métier», explique-t-elle.

Pour elle, la clé du succès pour un DJ en quête de visibilité reste ses productions, ses chansons originales ou ses remix. Un aspect qui, selon elle, vient changer la donne?est la technologie. «Ça attire moins les filles à la base», pense-t-elle. Elle travaille d’ailleurs depuis plusieurs mois à comprendre et à apprivoiser des logiciels de production musicale tel Ableton, qui est entre autres utilisé par Diplo, Armin Van Buuren, Nine Inch Nails et Grimes.

La DJ montréalaise Tizi, qui fait carrière depuis 2010, est aussi optimiste. «Ça m’arrive de me faire dire “Tu es bonne pour une fille”, mais sinon, ce n’est pas trop mal». Elle est toutefois d’avis que l’idée qu’on se fait d’une DJ est amenée à changer. «Parfois, on a l’impression qu’une fille, c’est censé avoir de gros seins, qu’elle va être engagée parce qu’elle est belle», souligne-t-elle. Celle qui a régulièrement performé au Beach Club et au Penthouse croit que l’image de chaque DJ est importante, mais d’une autre façon. «Tu ne vends pas juste ce que tu joues, tu vends aussi ta marque, énonce-t-elle. C’est tellement important et facile de se démarquer.» Ce n’est selon elle qu’une question de temps avant que les femmes gagnent en importance dans son domaine. «Ça va changer éventuellement, il faut juste initier les gens à la musique», laisse-t-elle tomber.

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