Inégalités et préjugés

dimanche 20 mars 2016 2:18

Au Québec, les sports professionnels masculins font régulièrement la manchette, laissant peu de place aux sports féminins. Ce manque de représentation féminine dans les grands médias sportifs serait-il la cause ou la conséquence d’un manque d’engouement de la population pour les sports féminins? 

Par Alexis Gohier-Drolet

flash.pro

Un événement d’envergure est nécessaire pour justifier la couverture médiatique des sports non professionnels féminins. Les médias sportifs comme le Réseau des sports (RDS) dépendent beaucoup de la diffusion télévisuelle. La «valeur du direct» donne aux diffuseurs sportifs la possibilité de garder une clientèle fidèle. Lorsque TVA Sports, largement dépassée en terme de cotes d’écoute par RDS, a obtenu les droits de diffusion de la Ligue nationale de hockey (LNH), la chaîne est rapidement devenue la plus écoutée.

«Quand on présente du sport amateur, c’est rarement rentable, car il n’y a pas beaucoup de « buzz » autour de ça, sauf aux Olympiques», explique le journaliste sportif à Radio-Canada, Antoine Deshaies. Ce dernier s’est penché sur la question. Il propose plutôt de mettre l’accent sur les évènements de sports amateurs regroupant des athlètes et des équipes des deux sexes. «Le salut des sports féminins va passer par le sport amateur et les Olympiques, soutient-il. Pour l’instant, c’est la seule solution pour que les hommes et les femmes soient finalement traités équitablement en terme de couverture médiatique.»

La récente Ligue canadienne de hockey féminin (LCHF), née en 2007 des cendres de la Ligue nationale féminine de hockey (1998 à 2007), n’est pas encore prospère. Lisa-Marie Breton-Lebreux, cofondatrice de la LCHF et première capitaine des Stars de Montréal, désormais les Canadiennes de Montréal, se rappelle des débuts difficiles de la ligue. Les premières années, les dirigeantes de la ligue étaient toutes des joueuses, témoigne-t-elle. Mais depuis, une équipe de bénévoles dévoués s’est ajoutée afin d’augmenter la visibilité de l’organisation un peu partout à travers le pays. «Dans les sports féminins, ce sont toujours de petites victoires qu’il faut aller chercher chaque année, explique la joueuse expérimentée qui a pris sa retraite la saison dernière à l’âge de 37 ans. Ça prend du temps, il nous faut être patient.»

Le transport et l’hébergement pour les 24 matchs de la saison régulière de la LCHF sont financés par la chaîne de télévision Sportsnet, qui a diffusé la finale de la coupe Clarkson, version féminine de la Coupe Stanley, pour la première fois cette année. Malgré tout, il reste du chemin à faire. Les athlètes féminines doivent, contrairement aux athlètes masculins, acheter leur propre équipement et ne peuvent pas se permettre de s’entraîner à temps plein. Grâce à l’expansion de l’équipe promotionnelle et du partenariat avec les Canadiens de Montréal, Lisa-Marie Breton-Lebreux a confiance que les athlètes féminines de la ligue pourraient être payées d’ici deux ans.

Il reste des options pour augmenter l’engouement pour les sports féminins, selon le gestionnaire de communautés chez RDS, Francis Jetté. Spécialiste des médias sociaux, il soutient que les équipes sportives féminines pourraient facilement diffuser leurs activités sur des plateformes web, ce qui permettrait à «tout un chacun d’aller chercher le contenu qui les intéresse».

La plongeuse Jennifer Abel, médaillée aux Jeux olympiques de Londres en 2012, se désole du manque de visibilité des sports professionnels féminins. «C’est dommage, parce que si on ne s’entraîne pas 365 jours par année, ce n’est pas loin, raconte l’athlète de 24 ans. Le sport est notre vie,» Elle se considère chanceuse, car le traitement médiatique réservé au plongeon lors de grands évènements est généralement de grande envergure?; un privilège qui n’est pas accordé à tous les sports. «Souvent, la diffusion dépend du potentiel de médailles», ajoute-t-elle.

Selon la coordonnatrice aux communications et au marketing de l’Alliance Sport-Études, Marie-Ève Dugas, les athlètes ont besoin d’encadrement plus tôt dans leur parcours. Cette dernière a été membre de plusieurs équipes nationales d’athlétisme en plus d’être porte-drapeau pour la délégation canadienne aux Jeux de la Francophonie en 2013. «On aurait avantage à les voir plus souvent, surtout à cause de leur rôle de modèles pour les jeunes», suggère l’ex-athlète.

L’emballement pour les Jeux olympiques de 2016 à Rio, alimenté en grande partie par des émissions comme Road to the Olympic Games à CBC, a déjà commencé. Combinée avec la nouvelle vague de femmes journalistes dans le milieu du sport, qui occupent près du tiers des postes selon Francis Jetté, une couverture plus constante du sport amateur pourrait donner une voix aux femmes dans un milieu fortement masculin.

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