Mise en jeu à la ligne rose

dimanche 20 mars 2016 2:21

En avril 2015, la Ligue Nationale de Football (NFL) embauchait Sarah Thomas, la première femme arbitre à temps plein de son histoire. Quelques mois plus tard, en juillet dernier, cette même ligue annonçait l’embauche d’une première entraîneuse, Jen Welter, au sein des Cardinals de l’Arizona. Ces deux nouvelles, qui en ont suivi d’autres similaires dans d’autres ligues professionnelles sportives, peuvent sans doute donner espoir aux femmes passionnées de sports d’entrer à leur tour dans les rangs d’équipes sportives masculines professionnelles, que ce soit comme entraîneuses ou arbitres.

Par Marie-Jeanne Dubreuil

«Il n’y a rien qui empêche une femme de devenir entraîneuse pour une ligue professionnelle,  explique le journaliste sportif Alain Crête. C’est une question de connaissances et d’expérience.» Selon lui, l’embauche de Sarah Thomas dans la NFL pourrait ouvrir des portes à l’arrivée d’autres femmes pour combler des postes derrière le banc dans les différents milieux sportifs dits «d’hommes». Caroline Ouellette, capitaine des Canadiennes de Montréal, est du même avis et pense qu’une femme est tout aussi pertinente comme entraîneuse qu’un homme. Elle note que la différence est plus évidente pour l’entraîneur que pour le joueur, qui doit s’adapter à la mentalité de son équipe. «Les filles posent beaucoup plus de questions, donne-t-elle en exemple. Ça prend donc un entraîneur plus patient.»

Pour la LNH, par contre, cela risque d’arriver assez lentement, plus que dans d’autres ligues, comme la NFL, croit Alain Crête. «Le hockey et la ligue nationale est un milieu extrêmement conservateur. C’est vraiment la seule chose qui pourrait freiner l’arrivée d’une femme coach dans la ligue nationale», avertit-il. Il estime cependant qu’il y a déjà de l’avancement quant à la présence des femmes autour des équipes masculines. Il donne l’exemple de Julie Robitaille, spécialiste du Power Skating, qui a comme client plusieurs joueurs de la LNH, dont Patrice Bergeron des Bruins de Boston. «Madame Robitaille n’est pas une entraîneuse officielle, mais elle joue tout de même un rôle important au sein de la ligue nationale», conclut le journaliste.

Benjamin Linh VU

Sifflet unisexe

Autre endroit où l’on pourrait voir des femmes évoluer dans un milieu sportif d’hommes : l’arbitrage. L’Association nationale de basketball (NBA) compte d’ailleurs déjà la présence de quelques femmes arbitres depuis 1997. Bien que les arbitres féminines commencent à être de plus en plus présentes dans les ligues majeures masculines, il semble y avoir encore du chemin à faire, surtout au niveau des préjugés.

«Dès qu’on embarque sur la glace, la plupart du temps, les gens vont être méfiants», indique l’arbitre de hockey Anne-Marie Bérubé. La jeune femme qui a officié des matchs de hockey aux Jeux du Canada n’a pas été épargnée par les remarques sexistes de certains joueurs, entraîneurs et même spectateurs. Elle nuance cependant ses propos en affirmant que lorsque les femmes sont exposées et qu’elles bénéficient d’un support administratif, les gens finissent par s’habituer, comme dans les ligues de Laval, où elle travaille présentement. «Les femmes arbitres sont très pertinentes même dans les ligues masculines. Tant qu’elles connaissent leurs règlements et qu’elles savent les faire appliquer, il n’y a aucun problème», lance-t-elle.

Une carrière d’arbitre est cependant peu envisageable pour les arbitres féminines comme Anne-Marie Bérubé. «La vie d’un arbitre est difficile, explique la journaliste sportive Chantal Macchabée. Il est toujours sur la route. Si tu veux des enfants, ce qui est majoritairement le cas chez les femmes, ce sera impossible de devenir une arbitre à temps plein.»

Peu despoir pour les joueuses.

Atteindre les ligues majeures masculines est moins réaliste chez les athlètes féminines. Au hockey, par exemple, Caroline Ouellette stipule qu’il est physiologiquement impossible pour une femme de jouer dans la LNH. «Mon entraînement n’est pas différent de Sidney Crosby, élabore-t-elle. C’est juste que je ne serai jamais aussi forte, aussi puissante et aussi rapide que des gars comme lui.»

La triple médaillée olympique croit qu’il est préférable pour les femmes de rester dans les ligues féminines. «Il faut arrêter de comparer les deux, clame-t-elle. Il faut juste comprendre que c’est différent.» Elle ajoute que les ligues féminines sont toutes aussi intéressantes à regarder que les ligues masculines. «C’est moins axé sur la violence et plus sur les habiletés», soutient-elle.

Le chemin est donc encore long pour les femmes qui voudraient faire leur place dans une ligue professionnelle de sport masculin. Les exigences physiques sont trop hautes et le changement de mentalité pour l’arrivée de femmes comme entraîneuses ou arbitres est lent, bien que présent. Chantal Macchabée conclut que les efforts pour que la situation change sont intéressants, mais peut-être pas les bons. «Je crois qu’on devrait plutôt mettre nos efforts pour valoriser les sports féminins», avance-t-elle.

1 Comment

  • Simon Lee

    Belle entrée de jeu. Style élégant. Construction dynamique. Phrase imagée. Mieux ! Une signature. Bravo !
    ? Curieux de l’impact d’un renversement au dernier paragraphe: ? Commencez par: « Chantal… – et terminer par: ? …bien que présent. » Encore bravo Marie-Jeanne !

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