À l’eau de rose

mardi 6 mars 2012 7:23

Par Sandrine Champigny. Crédit photos : Mathieu Simard.

Mal-aimé de la littérature, le roman Harlequin est l’un des genres littéraires les plus lus dans le monde. Perçu comme un simple étalage de stéréotypes et de clichés, le roman sentimental gagne rarement la faveur de l’élite littéraire. L’industrie du roman d’amour évolue pourtant en marge de la littérature traditionnelle.

La paralittérature, ou littérature populaire, regroupe les romans d’amour, mais aussi les romans policiers et les romans fantastiques, genres souvent plus estimés par l’opinion publique. «Le roman d’amour est le genre le plus méprisé de la paralittérature», lance d’emblée Pascale Noizet, chargée de cours au département d’études littéraires de l’UQAM et auteure du livre L’idée moderne d’amour. Malgré le mépris qu’il soulève, le roman à l’eau de rose rejoint plus de 200 millions de lecteurs partout à travers le monde, en très grande majorité des femmes. Cette popularité immense du roman Harlequin est en lien avec l’idée de romantisme qu’il projette, d’idylle. «Dans ces romans, il y a des choses que j’aurais aimé vivre, des histoires qui arrivent dans la vie, qui pourraient être vraies», explique Diane Pimparé, lectrice assidue de romans d’amour. Cette dernière se décrit sans problème comme une romantique, ce qui la pousse à se laisser bercer par ce genre d’histoires.

Les romans Harlequin sont régulièrement pointés du doigt en raison des stéréotypes qu’ils véhiculent. Pascale Noizet explique que la propagation de clichés n’est pas la responsabilité du roman. «Le roman ne crée pas de stéréotypes, il se nourrit de la société qui les crée. Il ne fait qu’être un reflet de cette société.» Cette idée d’amour éternel, de victoire du sentiment amoureux sur toutes les épreuves est bien sûr la caractéristique première des romans d’amour. C’est aussi un idéal fortement mis de l’avant dans la société. L’idée que l’amour l’emporte sur tous les conflits contribue à rendre le roman d’amour si apprécié par la gente féminine.

L’histoire traditionnelle d’un roman Harlequin implique la rencontre entre les deux amoureux, un malentendu qui les séparera et enfin une confrontation finale qui mènera à la résolution du quiproquo. «L’histoire porte sur le malentendu, mais se termine toujours par un happy end hollywoodien», soutient Pascale Noizet. Cette idée de fin rêvée est aussi une échappatoire pour les lectrices de romans d’amour qui s’identifient beaucoup aux héroïnes de ces récits sentimentaux. «Lire des romans comme ça, permet de rêver, de se mettre à la place du personnage», admet Diane Pimparé.

À la carte

Le roman Harlequin sait très bien exploiter l’attrait de la littérature populaire et fonctionne comme une industrie. «Les géants du milieu organisent des focus group où des lectrices évaluent les romans, ils font des études de marché», indique Pascale Noizet. Dans les hautes sphères du roman Harlequin, tout est mis en oeuvre pour rejoindre les lectrices. L’adaptation sociétale, l’évolution, fait partie des stratégies mises en œuvre pour garder et accroître le lectorat. Un lectorat créé par des femmes, car au même titre que les lectrices, les auteures de romans Harlequin sont majoritairement des femmes. «Pendant les focus group, les lectrices s’en rendent compte si l’auteur est un homme, il y a trop de sexualité. C’est pour ça qu’elles préfèrent lire des romans écrits par des femmes», ajoute Pascale Noizet. La création de collections qui se concentrent sur des genres de romantisme particuliers est un des moyens prônés par  l’industrie. La collection Rouge passion, par exemple, se concentre plus sur la sexualité que sur le romantisme. Elle reste toutefois près du discours féminin, pour ne pas s’éloigner des intérêts de ses lectrices.  Des romans qui sont donc écrits par des femmes, pour des femmes.

Traditionnellement narré par l’héroïne féminine du roman, l’histoire d’amour tend, vers les années 2000, à être racontée de plus en plus souvent du point de vue de l’homme. «L’arrivée de l’homme rose permet ce genre de déviations à la tradition, le roman Harlequin s’adapte», souligne Pascale Noizet. Cette continuelle évolution du roman d’amour en fait un genre à part, mais surtout un type de littérature qui peut se targuer d’être le miroir de la société.

Leave a reply

required

required

optional