Ne pas manger les pissenlits par la racine

lundi 4 avril 2016 4:56

Échinacée, millepertuis, pissenlit ; les plantes et les produits naturels deviennent objet de fascination pour ceux qui sont échaudés par la médecine conventionnelle. Alors que les études scientifiques sur les végétaux deviennent de plus en plus nombreuses, la médecine naturelle tient toutefois le rôle de mouton noir dans le domaine de la santé.

Par Luca Max

Plus encadrées qu’on ne pourrait le croire, l’herboristerie et l’utilisation des produits naturels ou homéopathiques ont toujours connu une certaine popularité au Québec. Teintures, forme d’extraction végétale faite avec de l’alcool, infusions ou capsules, les façons de consommer ces produits sont multiples. Utilisés dans le but de prévenir différents maux ou d’améliorer l’état de santé d’un patient, l’usage en demeure parfois controversé.

L’herboristerie, ou phytothérapie, est une forme de médecine holistique, traitant donc l’ensemble du corps et non seulement des symptômes. Herboriste-thérapeute accréditée par la Guilde des herboristes, école d’herboristerie québécoise, Anne Vastel considère que c’est justement le traitement global avec lequel la médecine conventionnelle a de la difficulté à travailler.  «Il y a une plus grande ouverture d’esprit dans l’espoir de travailler [avec les médecins] puisque ce sont deux formes de médecine qui se complètent. La médecine conventionnelle est très bonne pour ce qui est des diagnostics et des traitements spontanés, mais a moins tendance à regarder globalement la personne», souligne toutefois l’herboriste-thérapeute

Toutefois, à ce jour, ce ne sont pas tous les produits naturels qui sont catalogués ou qui ont été étudiés par des organismes officiels. «Les produits transformés, comme les teintures, requièrent maintenant un NPN (Numéro de produit de santé naturel) qui est homologué par Santé Canada», assure l’herboriste accrédité travaillant au magasin d’herboristerie l’Alchimiste, Frédéric Robert. «Une idée valorisée par plusieurs?: pour que ça fonctionne, il doit y avoir des études scientifiques», décrie Anne Vastel.

C’est toutefois ce qui inquiète les pharmaciens. Les étapes requises pour faire approuver un médicament pharmaceutique sont nombreuses et ardues, processus par lequel les plantes en vrac ou certains produits naturels ne passent pas. La plus grande crainte des spécialistes de la santé demeure les interactions possibles entre des produits naturels mal étudiés et des médicaments. «La fabrication des médicaments approuvés par Santé Canada a toujours été largement réglementée. On parle de la fabrication uniforme des produits, de la gestion et du contrôle de la qualité, mais aussi de la teneur du produit, donc de ce qu’il peut contenir», spécifie la pharmacienne et auxiliaire de cours à l’Université de Montréal, Marie-Josée Cadieux.

Selon elle, une des raisons pour laquelle les pharmaciens sont moins enclins à laisser certains patients utiliser des traitements naturels réside dans le fait que leurs procédures d’analyse ne sont pas faites aussi rigoureusement. «Dans une capsule de ginseng, nous voulons être assurés que c’est bien du ginseng et qu’il n’y a pas d’impuretés. Ces impuretés pourraient interagir avec les médicaments d’un patient et carrément contrecarrer leurs effets ou causer une réaction indésirable», dénote la pharmacienne.

Malgré tout, l’herboristerie et ses dérivés gagnent en popularité. «Ça fait sept ans que je travaille à l’Alchimiste. La clientèle était beaucoup plus uniforme quand je suis arrivé. Maintenant, il y a vraiment des gens de tous les horizons?», révèle l’herboriste Frédéric Robert. Alors que la popularité de l’herboristerie en tant que telle grimpe, la popularité d’un produit dépendra bien souvent de l’ampleur des campagnes publicitaires créées pour le présenter. La mélisse, plante utilisée pour améliorer les conditions de ceux qui souffrent de troubles de sommeil, en est un bon exemple selon Frédéric Robert. «Il y a quelques années à la Fosse aux Lions, la mélisse a été abordée. Dans les mois qui ont suivi, des dizaines de personnes sont venues chaque jour au magasin pour en acheter», explique-t-il.

Alors que la législation des produits naturels a encore des pas de géants à franchir, les herboristes sont confiants. Ils espèrent un jour voir un dialogue faire surface entre les spécialistes de la médecine conventionnelle et ceux de la médecine naturelle, afin d’allier les bénéfices des deux approches. Au premier regard, l’herboristerie peut sembler être une forme de charlatanerie, mais c’est en creusant que se confirme le dicton disant qu’il ne faut pas juger l’arbre à son écorce.

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