Shaolin enterre ses racines religieuses

vendredi 22 avril 2016 9:34

La transmission de la philosophie bouddhiste en Chine s’étiole dans l’enseignement du Kung Fu.   

Par Sandrine Gagné-Acoulon 

Les 40 000 élèves de l’école Shaolin Ta Gou, la plus grande école de Kung Fu au monde, sont sous l’égide du gouvernement communiste chinois. Les moines de Shaolin sont devenus une attraction touristique, autant dans leur temple qu’en spectacle à l’étranger. Créé dans la plus pure tradition bouddhiste, l’art de combat légendaire n’a plus la vocation qu’il avait.

Yohann Legrand

Avant d’être un pilier du Kung Fu, Shaolin était un temple bouddhiste. Le moine indien Bodhidharma s’y est installé au Ve siècle pour réfléchir à une réforme du bouddhisme. D’après la légende, neuf ans de méditation devant la paroi d’une grotte lui auraient été nécessaires pour développer le Chan, un bouddhisme méditatif imprégné de l’héritage du taoïsme et du confucianisme chinois. Caractérisé par une transmission orale, le Chan est devenu le bouddhisme de la population chinoise et japonaise, où il a pris le nom de Zen.

Lors de son séjour, Bodhidharma aurait constaté les méfaits de longues périodes de méditation sur la santé physique des moines du monastère. Pour les remettre en forme, il aurait créé le Kung Fu. Selon le professeur spécialiste des religions asiatiques à l’université Concordia, Marc des Jardins, il est plus plausible que Bodhidharma ait voulu repousser les bandits qui étaient légion dans les montagnes.

 Jadis un rituel 

Marc des Jardins explique que les exercices du Kung Fu visent la purification de l’esprit et la maîtrise de soi. La spiritualité bouddhiste y est bien ancrée. Le chef instructeur de Kung Fu à l’école Shaolin Wing Chun Nam Anh de Montréal, Pierre-François Flores, soutient que l’enseignement du Kung Fu est censé être le véhicule de valeurs chères au bouddhisme, telles que le respect et la fraternité. La méditation et la circulation de l’énergie sont aussi des éléments incontournables. Pierre-François Flores estime que le Kung Fu permet même de préparer le corps à l’éveil, soit un état de compréhension supérieure de la réalité, un concept bouddhiste central. Marc des Jardins n’adhère pas complètement à ces conclusions. «Contrairement à la méditation, le rôle du Kung Fu n’est pas d’apporter l’illumination», nuance-t-il.

Aujourd’hui un sport  

Le régime chinois surveille de près toutes activités religieuses. «Il se méfie avec raison puisque la plupart des grandes révolutions en Chine ont été des révolutions religieuses», observe Marc des Jardins. Shaolin n’est pas épargnée; dans l’Empire du Milieu, seule la partie sportive du Kung Fu y est enseignée.

La marchandisation de la discipline inquiète également. Shaolin est devenu un complexe touristique qui attire plus de deux millions de visiteurs par année, selon l’Agence France-PresseAilleurs, un marché lucratif s’est créé autour des écoles de Kung Fu. «N’importe qui peut ouvrir une école de Kung Fu aujourd’hui; ça ne prend aucun diplôme», soupire Pierre-François Flores.

Alors que le Kung Fu gagne en popularité chaque jour, en Chine comme ailleurs, il est de plus en plus dénué de son essence religieuse. Comme beaucoup de traditions autrefois sacré, le Kung Fu subit une dérive commerciale, à?laquelle il ne semble pour l’instant pas avoir de remède.

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