L’héritage maori «encré» dans la peau

vendredi 22 avril 2016 10:00

Les tatoueurs rencontrés par L’Esprit simple considèrent qu’il est primordial d’être pleinement conscient de l’histoire maorie et de son poids culturel avant de se faire tatouer ses emblèmes.

Par Myriam Eddahia 

Micael Faccio

L’art du tatouage en Occident a principalement été influencé par les Maoris. Leur pratique, dévoilée par les populations polynésiennes autochtones de Nouvelle-Zélande, rencontre dans les sociétés modernes une popularité exponentielle.

Le peuple maori est souvent représenté par l’image folklorique d’un visage tatoué. C’est surtout le tatouage facial des hommes qui suscite la curiosité, car les femmes n’ont qu’une petite partie du visage tatouée. Le ta moko, signifiant le tatouage du corps et du visage, était auparavant réservé aux guerriers et aux personnalités importantes de la tribu. «Les membres sans ta moko  étaient considérées comme n’ayant aucun statut social», explique le tatoueur du salon Manao Tiki Tattoo en France, Thierry Magnani.

Autrefois pour imiter les parures des plumes d’oiseaux rares, les tatouages maoris répondent aujourd’hui à de nouvelles motivations. Illustrant le prestige surtout chez les hommes, l’accumulation de plusieurs tatouages est le symbole d’une certaine maturité sociale. Ces marques définissent la force, la richesse et le pouvoir d’influence. «Le ta moko rendait le guerrier attirant pour les femmes, révèle Thierry Magnani. Le tatouage commençait à la puberté, accompagné de nombreux rites et cérémonies, comme la lecture de poèmes et l’interprétation de chants.» Aujourd’hui, les tatouages sont davantage faits pour des raisons esthétiques et personnelles, poursuit-il.

De plus en plus de tatoueurs s’aventurent dans l’art du maori sans nécessairement connaître les fondements et les significations de ces tatouages. Thierry Magnani explique que les significations du ta moko sont identitaires et sociales. «Nous devons  montrer un très grand respect à l’endroit des tatouages de styles polynésiens, car ils font partie de cultures vivantes», insiste-t-il. Il ajoute que les nouveaux styles de tatouage polynésien se doivent de demeurer traditionnels. Un Québécois tatoué depuis environ 5 ans, Maël Rieussec, partage ce sentiment. «J’ai un tatouage d’inspiration maorie, ce qu’on appelle le kirituhi. [Dans mon cas], il ne s’agit pas du ta moko, l’authentique symbole de tradition maorie», déclare-t-il.

«[Le maori] disparaît au profit de copies plus loufoques les unes que les autres et porte à confusion pour les néophytes», dénonce Thierry Magnani. Il considère alors que le tatouage polynésien perd de son authenticité.

La technique pour le tatouage maori ne résulte pas d’une pratique ordinaire. Les artisans remplissent de profondes entailles faites sur la peau à l’aide de pigment de suie. Thierry Magnani indique que le principe du ta moko aujourd’hui est d’introduire, à l’aide d’un petit maillet qui vient taper sur un peigne à tatouer, un pigment de suie fait à partir de la résine brûlée du pin Kauri ou d’une graine huileuse. La technique pour faire un tatouage, qu’il soit maori ou non, reste donc similaire.

«Je travaille avec une machine de tatouage électrique, mais un bon ami des îles Cook m’a tatoué avec des aiguilles en os, [à la traditionnelle]», partage pour sa part la tatoueuse allemande qui pratique depuis 17 ans, Iris Bley.

La tatoueuse raconte qu’au sein de la culture polynésienne, l’art du tatouage vient de Dieu. «Ils ont la volonté d’être en contact avec Dieu, avec la nature, avec une puissance forte. Le tatouage leur permet [selon eux] d’obtenir ce pouvoir», relate-t-elle.

Thierry Magnani souligne par contre que le tatouage maori demeure le plus méconnu des tatouages polynésiens. «Les clients utilisent le mot maori dans l’intention de désigner le tatouage polynésien dans sa généralité, ce qui est dommage pour la culture maorie», note-t-il. Celui qui a visité de long en large le pacifique et qui s’est établi 16 ans à Tahiti et Moorea, croit qu’il s’agit d’une grande source de tristesse que de se faire tatouer un ta moko sans même savoir situer les différentes îles polynésiennes. «Pas besoin d’être polynésien pour porter un tatouage polynésien, mais je [crois qu’il faut] avoir un minimum d’intérêt pour cette civilisation», poursuit-il.  Maël Rieussec, de son côté, avoue avoir cogité plusieurs années avant de se faire tatouer. Par amour pour la culture maorie, il se sent interpellé par les symboles utilisés dans ce style en particulier.

Maori_Mendhak

L’Occident vient remettre en question la légitimité de cette pratique. Il existe une loi non écrite qui valide ou invalide ce droit de faire un tatouage maori. Plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs convaincus que le ta moko ne se fait que par des Maoris sur des Maoris. Le consentement des membres du groupe sur le partage de leur coutume prend alors tout son sens puisque la grande majorité n’est pas à l’aise avec la reproduction artistique de leurs symboles divins et sacrés. L’admiration de la beauté du ta moko se fait alors par l’alternative du kirituhi, sans référence aux symboles maoris, mais qui en rappelle les mouvements. Bien que certains diront que «l’imitation est la plus sincère des flatteries», elle peut être interprétée comme étant un vol d’identité par son appropriation.

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